Saint Martin

La mère est ce qu’il y a de patient et de fidèle et de tout près et de toujours pareil et de toujours présent.

C’est toujours la même figure attentive, et c’est toujours, sous son regard, le même enfant,

Qui sait que tout lui appartient sans pitié et qui vous trépigne de ses deux pieds sur le ventre.

Mais le père est ce qui n’est jamais là, il sort et l’on ne sait jamais au juste quand il rentre.

[...]

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Novembre

Le soleil se couche sur une journée de paix et de labeur. Et les hommes, les femmes et les enfants, la tignasse pleine de poussière et de fétus, la face et les jambes maculées de terre, travaillent encore. Ici l’on coupe le riz ; là on ramasse les javelles, et comme sur un papier peint est reproduite à l’infini la même scène, de tous les côtés se multiplie la grande cuve de bois quadrangulaire avec les gens qui face à face battent les épis à poignées contre ses parois ; et déjà la charrue commence à retourner le limon. Voici l’odeur du grain, voici le parfum de la moisson. Au bout de la plaine occupée par les travaux agricoles on voit un grand fleuve, et là-bas, au milieu de la campagne, un arc de triomphe, coloré par le couchant d’un feu vermeil, complète le paisible tableau. Un homme qui passe auprès de moi tient à la main une poule couleur de flamme, un autre porte aux extrémités de son bambou, devant lui, une grosse théière d’étain, derrière un paquet formé d’une botte verte d’appétits, d’un morceau de viande et d’une liasse de ces taëls de papier d’argent que l’on brûle pour les morts, un poisson pend au-dessous par une paille. La blouse bleue, la culotte violette éclatent sur l’or verni de l’éteule.

[...]

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Le Banyan

Le banyan tire.

 

Ce géant ici, comme son frère de l’Inde, ne va pas ressaisir la terre avec ses mains, mais, se dressant d’un tour d’épaule, il emporte au ciel ses racines comme des paquets de chaînes. À peine le tronc s’est-il élevé de quelques pieds au-dessus du sol qu’il écarte laborieusement ses membres, comme un bras qui tire avant le faisceau de cordes qu’il a empoigné. D’un lent allongement le monstre qui hale se tend et travaille dans toutes les attitudes de l’effort, si dur que la rude écorce éclate et que les muscles lui sortent de la peau, Ce sont des poussées droites, des flexions et des arcs-boutements, des torsions de reins et d’épaules, des détentes de jarret, des jeux de cric et de levier, des bras qui, en se dressant et en s’abaissant, semblent enlever le corps de ses jointures élastiques. C’est un nœud de pythons, c’est une hydre qui de la terre tenace s’arrache avec acharnement. On dirait que le banyan lève un poids de la profondeur et le maintient de la machine de ses membres tendus.

[...]

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La Cloche

L’air jouissant d’une parfaite immobilité, à l’heure où le soleil consomme le mystère de Midi, la grande cloche, par l’étendue sonore et concave suspendue au point mélodique, sous le coup du bélier de cèdre retentit avec la Terre ; et depuis lors avec ses retraits et ses avancements, au travers de la montagne et de la plaine, une muraille, dont on voit au lointain horizon les constructions des portes cyclopéennes marquer les intervalles symétriques, circonscrit le volume du tonnerre inférieur et dessine la frontière de son bruit. Une ville est bâtie dans une corne de l’enceinte ; le reste du lieu est occupé par des champs, des bois, des tombes, et ici et là sous l’ombre des sycomores la vibration du bronze au fond d’une pagode réfléchit l’écho du monstre qui s’est tu.

[...]

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