Tes beaux yeux sont las, pauvre amante ! Reste longtemps, sans les rouvrir, Dans cette pose nonchalante Où t’a surprise le plaisir. Dans la cour le jet d’eau qui jase Et ne se tait ni nuit ni jour, Entretient doucement l’extase Où ce soir m’a plongé l’amour.
Hélas ! qui n’a gémi sur autrui, sur soi-même ? Et qui n’a dit à Dieu : « Pardonnez-moi, Seigneur, Si personne ne m’aime et si nul n’a mon cœur ? Ils m’ont tous corrompu ; personne ne vous aime ! » [...]
Je n’ai pas pour maîtresse une lionne illustre : La gueuse, de mon âme, emprunte tout son lustre ; Invisible aux regards de l’univers moqueur, Sa beauté ne fleurit que dans mon triste cœur. [...]
La pendule, sonnant minuit, Ironiquement nous engage À nous rappeler quel usage Nous fîmes du jour qui s’enfuit : — Aujourd’hui, date fatidique, Vendredi, treize, nous avons, Malgré tout ce que nous savons, Mené le train d’un hérétique.
Nous avons blasphémé Jésus, Des Dieux le plus incontestable ! Comme un parasite à la table [...]
Vous ignorez, silphyde au jarret triomphant,
Que l’aspect permanent de vos pâles ténèbres,
À mes yeux agrandis voltige incessamment.
L’Érèbe les eût pris pour ses courriers funèbres,
Et mon esprit, toujours du vertige hanté,
Mesure d’un regard que la terreur enflamme
Le pauvre, le méchant, le tortu, l’hébété,
Par ces deux grands yeux noirs, soupiraux de mon âme,
Ne te verrais-je plus que dans l’éternité ?
Je voudrais qu’exhalant l’odeur de la santé
L’âme d’un vieux poête erre dans la gouttière...
Comme un enfant de coeur, jouer de l’encensoir,
C’est le but de la vie, et c’est le seul espoir,
Pour faire épanouir la rate du vulgaire.