Renée Vivien

Cendres et Poussières, 1902


Sonnet féminin


 
Ta voix a la langueur des lyres lesbiennes,
L’anxiété des chants et des odes saphiques,
Et tu sais le secret d’accablantes musiques
Où pleure le soupir d’unions anciennes.
 
Les Aèdes fervents et les Musiciennes
T’enseignèrent l’ampleur des strophes érotiques
Et la gravité des lapidaires distiques.
Jadis tu contemplas les nudités païennes.
 
Tu sembles écouter l’écho des harmonies
Mortes ; bleus de ce bleu des clartés infinies,
Tes yeux ont le reflet du ciel de Mytilène.
 
Les fleurs ont parfumé tes étranges mains creuses ;
De ton corps monte, ainsi qu’une légère haleine,
La blanche volupté des vierges amoureuses.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 28 avril 2021 à 12h34

Tour des nonnes
-------------------

Trois recluses y sont, d’ailleurs point trop vilaines,
Composant des sonnets ou des hymnes orphiques ;
Elles n’imitent pas les auteurs prolifiques
Qui pondent chaque jour de lourdes cantilènes.

Elles nous ont narré la vie de Sainte Hélène
Et du fier Constantin, monarque magnifique ;
Aussi de Lucifer les projets maléfiques,
Et même les exploits galants du dieu Silène.

Ces trois aimables soeurs vivent en harmonie,
De leurs voix ne survient nulle cacophonie ;
Aucune de ce lieu ne se dit souveraine.

Je les entends prier dans l’aube vaporeuse,
Ce sont de beaux versets que les anges reprennent ;
Du fils du charpentier je les crois amoureuses.

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Déposé par Vincent le 1er mai 2021 à 21h40

À Léon Gerspach

Mon arrière grand-père a souffert le martyre,
Pendant la grande guerre, enfin, la grande nuit…
Je garde un souvenir précis et bon de lui,
Car il avait le chic pour provoquer mon rire.

Vous ne serez donc pas surpris d’entendre dire
Que si aux allemands, il causa des ennuis,
À l’enfant que j’étais, nullement il n’a nuit,
Ni au remplissage de ma tirelire !

Il fut un combattant maintes fois décoré,
Pour avoir sous le feu intensément œuvré
À ce que les liaisons demeurent continues.

Il n’évoquait jamais ces dangereux transports
De fils téléphoniques, entouré par la mort,
De toujours amuser, ne perdant pas de vue.

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