Renée Vivien

À l’heure des mains jointes, 1906


La Soif impérieuse


 
J’étais hier la voyageuse solitaire.
J’allais, portant au cœur une âpre anxiété...
J’avais besoin de toi comme d’un flot d’été,
D’un flot purifiant où l’on se désaltère.
 
Aujourd’hui, mon silence a des bonheurs pensifs,
Ô très chère ! et mon âme est une coupe pleine,
Le monde est beau comme un verger de Mytilène :
Je ne crains plus le soir qui pleure sous les ifs.
 
J’avais besoin de toi comme d’une eau courante
Que l’on écoute et qui berce votre chagrin
Dans un ruissellement musical et serein...
J’entendis ta voix claire ainsi qu’une eau qui chante.
 
Ta voix coulait, murmure et cadence à la fois,
Chère, et ce fut dans mon être le bleu nocturne,
Et je sentis alors mon chagrin taciturne
S’attendrir... J’écoutais l’eau pure de ta voix.
 
Depuis lors, la lourdeur des blancs midis m’enchante,
Et ma soif ne craint plus le soleil irrité...
J’avais besoin de toi comme d’un flot d’été,
J’avais besoin de toi comme d’une eau qui chante...
 

Commentaire (s)
Déposé par Jadis le 29 juillet 2021 à 15h10


Assez subi, debout, les damnés de la Terre !
Rougeauds, et d’un courroux légitime habités,
Les leaders (tous ensemble, ouais !) ont rameuté
Enseignants, cheminots et autres prolétaires.

Quittant, le front martial, leurs autocars poussifs,
Les farouches Gaulois s’avancent dans la plaine.
Ils sont venus d’Ardèche ou bien d’Ille-et-Vilaine,
Tout prêts pour le Grand Soir et pour le bourre-pif.
 
Enflammée à ton tour, tu te dresses, vibrante,
Mêlant ta voix fluette à leurs mâles refrains —
Sans vouloir excéder par trop les riverains :
Pour être romantique, on n’en est pas méchante.

Le pavé retentit des accents d’autrefois :
– Aux armes, citoyens ! Ou tout du moins, aux urnes !
Clament les résistants et autres casse-burnes,
Tous ces héros braillards armés d’un porte-voix.
 
Hélas ! Les soirs flamboient et les matins déchantent,
Je crois le percevoir à ton air dépité.
Tu n’as pas, toi non plus, changé la société,
Et là, ma pauvre enfant, tu roules sur la jante.

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