Renée Vivien

Études et préludes, 1901


L’Odeur des vignes



L’odeur des vignes monte en un souffle d’ivresse :
La pesante douceur des vendanges oppresse
La paix, la longue paix des automnes sereins.
Voici le champ, meurtri par les longues cultures,
L’enclos tiède, où le fruit livre ses grappes mûres,
Comme une femme offrant l’ambre de ses deux seins.
 
Un spectre de Bacchante erre parmi les treilles.
Sa rouge chevelure et ses lèvres vermeilles,
Ses paupières de pourpre aux replis somptueux,
Brûlent du flamboiement des anciennes luxures,
Et, dévoilant sa chair aux sanglantes morsures,
Elle chante à grands cris le vin voluptueux.
 
Les baisers sans amour sur les lèvres stupides,
Les regards vacillants dans le fond des yeux vides
Sortiront, enfiévrés, de l’effort du pressoir.
L’air se peuple déjà de visions profanes,
De festins où fleurit le front des courtisanes...
Les effluves du vin futur troublent le soir...
 
L’odeur des vignes monte en un souffle d’ivresse :
La pesante douceur des vendanges oppresse
La paix, la longue paix des automnes sereins.
Voici le champ, meurtri par les longues cultures,
L’enclos tiède, où le fruit livre ses grappes mûres,
Comme une femme offrant l’ambre de ses deux seins.
 

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