Verlaine

Poèmes saturniens, 1866


Monsieur Prudhomme


 
Il est grave : il est maire et père de famille.
Son faux col engloutit son oreille. Ses yeux
Dans un rêve sans fin flottent insoucieux,
Et le printemps en fleurs sur ses pantoufles brille.
 
Que lui fait l’astre d’or, que lui fait la charmille
Où l’oiseau chante à l’ombre, et que lui font les cieux,
Et les prés verts et les gazons silencieux ?
Monsieur Prudhomme songe à marier sa fille
 
Avec monsieur Machin, un jeune homme cossu.
Il est juste-milieu, botaniste et pansu.
Quant aux faiseurs de vers, ces vauriens, ces maroufles,
 
Ces fainéants barbus, mal peignés, il les a
Plus en horreur que son éternel coryza,
Et le printemps en fleurs brille sur ses pantoufles.
 

Commentaire (s)
Déposé par tizef le 3 avril 2016 à 07h31

Un poète maudit

Il arrive en retard au repas de famille,
La mine chiffonnée, avec de petits yeux.
Poète en dissidence, il est insoucieux
Du cénacle bourgeois où son gros papa brille.

Que lui fait l’astre d’or, que lui fait la charmille
Où l’oiseau chante à l’ombre, et que lui font les cieux ?
Il boude chaque plat, morne, silencieux
Et prend étrangement des manières de fille.

La prune clôt enfin ce déjeuner cossu.
Déjà, Morphée ravit le convive pansu.
Notre voyant s’anime et, jouant les maroufles,

Clame des vers maudits. D’un seul jet, il les a
Torchés la veille au soir. Malgré son coryza.
Et sa rebellitude exalte ses pantoufles.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 4 avril 2016 à 13h22


Bien vu !

On en redemande.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par pich24 le 6 avril 2016 à 14h13

Ces rimes en "oufle" y’en n’a pas 100 dans la poésie française. Les placer, c’est toujours beau à voir, dans une belle exaltation de pantoufles !

[Lien vers ce commentaire]

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