Verhaeren

Toute la Flandre. Les Plaines, 1911


Épilogue


 
Oh ! les heures du soir sous ces climats légers,
La lumière en est belle et la lune y est douce,
Et l’ombre souple et claire y répand sur les mousses
Les mobiles dessins d’un feuillage étranger.
 
Oliviers d’Aragon, figuiers de Catalogne,
Hameaux calmes et blancs sur vos ruisseaux penchés,
Derniers rayons frôlant les toits et les clochers
Où s’arrêtait le vol replié des cigognes ;
 
Chansons de muletiers ou de cabarets roux,
Et vous, femmes, dont la démarche était hautaine,
Quand vous montiez, la jarre au flanc, vers les fontaines,
Que de fois ma mémoire a reflué vers vous !
 
Mais je suis né, là-bas, dans les brumes de Flandre,
En un petit village où des murs goudronnés
Abritent des marins pauvres mais obstinés,
Sous des cieux d’ouragan, de fumée et de cendre.
 
Les marais noirs, les bois mornes, et les champs nus,
Et novembre grisâtre et ses cheveux de pluie,
Et les aurores d’encre et les couchants de suie,
Ma brève enfance, hélas ! les a trop bien connus.
 
Toujours l’énorme Escaut roula dans ma pensée.
L’hiver, quand ses glaçons où se miraient les astres
Craquaient et charriaient leurs blocs vers les désastres,
J’étais heureux et fort d’une joie angoissée.
 
L’été, les bateaux lourds qui trouaient les lointains
Vibraient moins de leurs mâts où flottaient des emblèmes,
Que mon cœur exalté ne vibrait en moi-même
Pour quelque lutte intense et quelque grand destin.
 
Les mobiles brouillards et les volants nuages,
De leurs gestes puissants m’ont ainsi baptisé
Et mon corps tout entier s’est comme organisé
Pour vivre ardent, sous leur tumulte et leurs orages.
 
Ô vous, les pays d’or et de douce splendeur !
Si vos bois, vos vallons, vos plaines et vos grèves
Tentent parfois encor mes désirs et mes rêves,
C’est la Flandre pourtant qui retient tout mon cœur.
 
L’amour dont j’ai brûlé fut conçu pour ses femmes ;
Son ciel hostile et violent m’a seul doté
De sourde résistance et d’âpre volonté
Et du rugueux orgueil dont est faite mon âme.
 
Mon pays tout entier vit et pense en mon corps ;
Il absorbe ma force en sa force profonde,
Pour que je sente mieux à travers lui le monde
Et célèbre la terre avec un chant plus fort.
 

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