Verhaeren

Les Campagnes hallucinées, 1893


Chanson de fou


 
Je suis celui qui vaticine
Comme les tours tocsinent.
 
J’ai vu passer à travers champs
Trois linceuls blancs
Qui s’avançaient, comme des gens.
 
Ils portaient des torches ignées,
Des faux blanches et des cognées.
 
Peu importe l’homme qu’on soit,
Moi seul je vois
Les maux qui dans les cieux flamboient.
 
Le sol et les germes sont condamnés,
— Vœux et larmes sont superflus —
Bientôt,
Les corbeaux noirs n’en voudront plus
Ni la taupe ni le mulot.
 
Je suis celui qui vaticine
Comme les tours tocsinent.
 
Les fruits des espaliers se tuméfient ;
Dans les feuillages noirs,
Les pousses jeunes s’atrophient ;
Les grains dans les semoirs,
Subitement, fermentent ;
Le soleil ment, les saisons mentent,
Le soir, sur les plaines envenimées,
C’est un vol d’ailes allumées
De souffre roux et de fumées.
 
J’ai vu des linceuls blancs
Entrer, comme des gens,
Qu’un même vouloir coalise,
L’un après l’autre, dans l’église,
Ceux qui priaient au chœur,
Manquant de force et de ferveur
Les mains lâches s’en sont allés.
Et depuis lors, moi seul j’entends
Baller
La nuit, le jour, toujours,
La fête
Des tocsins fous contre ma tête.
 
Je suis celui qui vaticine
Ce que les tours tocsinent.
 
Au long des soirs et des années,
Les fronts et les bras obstinés
Se buteront en vain aux destinées ;
Irrémissiblement,
Le sol et les germes sont damnés.
 
Dire le temps que durera leur mort ?
Et si l’heure résurgira
Où le vrai pain vaudra,
Sous les cieux purs de la vieille nature,
L’antique effort ?
 
Mais il ne faut jamais conclure.
 
En attendant voici que passent
À travers champs,
D’autres linceuls vides et blancs
Qui se parlent comme des gens.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 28 février 2015 à 11h36

Animaux des champs
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Deux corbeaux dans l’air dessinent
Un labyrinthe épatant
Pour amuser un instant
La grenouille, leur voisine.

Au ciel, trois lunes d’hermine
D’une seule voix chantant,
Dont ma charrue s’illumine :
Il va faire du beau temps.

J’ai chanté cette comptine
Pour amuser les passants,
Car la journée se termine ;
Les soleils vont déclinant.

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