Verhaeren

Les Moines, 1886


Aux moines


 
Moines venus vers nous des horizons gothiques,
Mais dont l’âme, mais dont l’esprit meurt de demain,
Qui reléguez l’amour dans vos jardins mystiques
Pour l’y purifier de tout orgueil humain,
Fermes, vous avancez par les routes des hommes,
Les yeux hallucinés par les feux de l’enfer,
Depuis les temps lointains jusqu’au jour où nous sommes,
Dans les âges d’argent et les siècles de fer,
Toujours du même pas sacerdotal et large.
Seuls vous survivez grands au monde chrétien mort,
Seuls sans ployer le dos vous en portez la charge
Comme un royal cadavre au fond d’un cercueil d’or.
Moines — oh ! les chercheurs de chimères sublimes
Vos cris d’éternité traversent les tombeaux,
Votre esprit est hanté par la lueur des cimes,
Vous êtes les porteurs de croix et de flambeaux
Autour de l’idéal divin que l’on enterre.
 
Oh ! les moines vaincus, altiers, silencieux,
Oh ! les géants debout sur les bruits de la terre,
Qui n’écoutez que le seul bruit que font les cieux
Moines grandis parmi l’exil et les défaites,
Moines chassés, mais dont les vêtements vermeils
Illuminent la nuit du monde, et dont les têtes
Passent dans la clarté des suprêmes soleils,
Nous vous magnifions, nous les poètes calmes.
Et puisque rien de fier n’est aujourd’hui vainqueur,
Puisqu’on a rabattu vers la fange les palmes,
Moines, grands isolés de pensée et de cœur,
Avant que la dernière âme ne soit tuée,
Mes vers vous bâtiront de mystiques autels
Sous le velum errant d’une chaste nuée,
Afin qu’un jour cette âme aux désirs éternels,
Pensive et seule et triste au fond de la nuit blême,
De votre gloire éteinte allume encor le feu,
Et songe à vous encor quand le dernier blasphème
Comme une épée immense aura transpercé Dieu !
 

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