Paul Valéry



À Alcide Blavet


Tu rappelles ces grands enfants frais et naïfs
D’abeilles amoureux et de légers dytiques
Dont la flûte attirait aux lisières antiques
Les nymphes en amour qui s’enlaçaient aux ifs.
 
Tu leur ravis quelqu’un de ces hymnes furtifs
Sur leurs lèvres mêlés au miel aromatique.
Mais tu surpris aussi le sourire érotique
Dont s’éclairait le bas de leurs masques pensifs !
 
... Et c’est pourquoi, mon tendre Alcide, quand tu chantes,
Sur tes lèvres souvent des lèvres de Bacchantes
Nous dérobent tes vers — pour ton baiser sucré.
 
La dryade que nul poète n’effarouche
A traversé, parfois, le soir, le bois sacré
Et de sa lèvre d’or, elle a scellé ta bouche !
 

7 décembre 1890

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 28 septembre 2014 à 11h36

Paul Valéry
--------------

Mon maître, tu n’es point naïf :
Ton coeur fut instruit aux portiques
Où marchaient les sages antiques,
Dans l’ombre des pins et des ifs.

Mon maître, ton esprit furtif
Produit des sons aromatiques ;
Même dans ton oeuvre érotique,
On décèle un accent pensif.

Tous les mystères qui te hantent
Font que subtilement tu chantes
Le fort, l’amer et le sucré ;

Cher Paul, dans ton grand coeur farouche
Ont mûri quelques mots sacrés
Que nous transmet ta noble bouche !

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