Sully Prudhomme

Les Épreuves, 1866


Sur l’eau


 
Je n’entends que le bruit de la rive et de l’eau,
Le chagrin résigné d’une source qui pleure
Ou d’un rocher qui verse une larme par heure,
Et le vague frisson des feuilles de bouleau.
 
Je ne sens pas le fleuve entraîner le bateau,
Mais c’est le bord fleuri qui passe, et je demeure ;
Et dans le flot profond, que de mes yeux j’effleure,
Le ciel bleu renversé tremble comme un rideau.
 
On dirait que cette onde en sommeillant serpente,
Oscille, et ne sait plus le côté de la pente :
Une fleur qu’on y pose hésite à le choisir.
 
Et, comme cette fleur, tout ce que l’homme envie
Peut se venir poser sur le flot de ma vie,
Sans désormais m’apprendre où penche mon désir.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 14 janvier 2020 à 11h59

Humble goupil
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C’est un goupil timide, il ne sort que la nuit,
Marchant par les sentiers où le granit affleure ;
Plus loin dans la forêt, le hibou dit les heures
Et les astres s’en vont où le ciel les conduit.

Les pas de l’animal ne font presque aucun bruit,
Que l’on trouve parfois fort loin de sa demeure ;
Je le vois méditer sous les arbres qui meurent
Ou sourire, pensif, au lapereau qui fuit.

Je trouve malaisé de lire ses pensées ;
Mais je sais qu’elles sont toujours bien agencées,
Portant sur des sujets qu’il a soin de choisir.

Le goupil dans sa marche écoute le silence
Ou le cri familier que la hulotte lance ;
La longue nuit s’écoule, apaisant ses désirs.

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Déposé par Cochonfucius le 16 mars 2023 à 11h10

Cette fleur s’éveille
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De plus en plus courtes les nuits,
L’hiver est mort, nul ne le pleure ;
Chacun se lève de bonne heure,
Un nouvel espoir nous conduit.

Cette fleur me parle sans bruit,
Elle découvre sa demeure ;
Les pierres qui jamais ne meurent
Lui racontent le temps qui fuit.

Lumineuses sont ses pensées,
Optimistes et fort sensées ;
Elle savoure ses plaisirs.

Son langage est fait de silence,
C’est un chemin vers l’excellence ;
Car c’est la langue du désir.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 7 juillet 2024 à 11h33

Sur l’eau
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La nef dérive au gré des flots,
La légère brise l’effleure ;
La nef avance au fil des heures,
Nonchalants sont les matelots.

L’ondine parle au cachalot,
Elle d’invite en sa demeure ;
L’ondine de rien ne s’apeure,
Comme on dit en nos caboulots.

Ces deux échangent leurs pensées ;
Ils disent des choses sensées,
Puis ils divaguent à plaisir.

Moi, j’aime écouter leur silence
Qui vers Poséidon s’élance,
Chargé de leur commun désir.

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