Sully Prudhomme

Les Vaines Tendresses, 1875


Silence


 
La pudeur n’a pas de clémence,
Nul aveu ne reste impuni,
Et c’est par le premier nenni
Que l’ère des douleurs commence.
 
De ta bouche où ton cœur s’élance
Que l’aveu reste donc banni !
Le cœur peut offrir l’infini
Dans la profondeur du silence.
 
Baise sa main sans la presser
Comme un lys facile à blesser,
Qui tremble à la moindre secousse ;
 
Et l’aimant sans nommer l’amour,
Tais-lui que sa présence est douce,
La tienne sera douce un jour.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 4 juin 2014 à 11h14

Dans l’ombre
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Rimailleur qui noircit des pages
(Y compris celle d’aujourd’hui)
Rarement son coeur introduit
Dans ses chants ; ce serait peu sage.

Comme à sa fenêtre un voilage,
Les métaphores, jour et nuit,
Protègent le sens, qui s’enfuit,
Empruntant un autre passage.

Par ce silence qui perdure
Sont soignées d’anciennes blessures ;
Le barde ne les perçoit plus.

À des sentiments trop lisibles,
Préfèrons la marque invisible
D’un mot que personne n’a lu.

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Déposé par pich24 le 6 mai 2017 à 12h20

N’attendez rien de ma clémence !
Nul vers mauvais n’est impuni.
Pire ! Un vers libre ! Que nenni !
Il faut que la fête commence.

Et puis, d’un coup la main s’élance,
Et l’art à l’hiatus banni
Ouvre son cœur à l’infini
Pour l’offrir aux bruits du silence,

Rêve à des mots, sans se presser,
Les brasse tous sans les blesser,
Cherchant le suc dans la secousse.

Alors, ayant écrit l’amour
En belle rime et phrase douce,
Le poète dira son poème du jour.

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Déposé par Cochonfucius le 9 avril 2024 à 11h27

Silence d’une grenouille
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Je me tais, je rêve et je pense,
Je médite sur l’infini ;
Le soir, quand le ciel se ternit,
Je contemple l’impermanence.

Ma sagesse est loin d’être immense,
Mais avec l’âge, elle grandit ;
Des mots qu’autrefois j’entendis
Viennent traverser mes silences.

Je progresse sans me presser,
J’évite ainsi de me stresser ;
Je vis ma vie en pente douce.

Même s’il est question d’amour,
Cela se fait pouce par pouce ;
Nulle hâte au long du parcours.

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Déposé par Cochonfucius le 4 juillet 2024 à 11h48

Silence au manoir
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Pas de lieu plus calme, je pense,
Que ce très modeste logis ;
Nul éclat de voix n’y surgit,
Nul prêcheur ses mots n’y dispense.

Perdu dans une plaine immense,
Cet édifice est tout petit ;
Trois ermites s’y sont blottis
Pour y partager leurs silences.

Ils méditent sans trop penser,
Sans rien évoquer d’insensé ;
C’est une vie austère et douce.

Ont-ils jadis connu l’amour
Et ses bienfaisantes secousses ?
Mais qu’en reste-t-il, à ce jour ?

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