Sully Prudhomme

Stances et Poèmes, 1865


Renaissance


 
Je voudrais, les prunelles closes,
Oublier, renaître, et jouir
De la nouveauté, fleur des choses,
Que l’âge fait évanouir.
 
Je resaluerais la lumière,
Mais je déplierais lentement
Mon âme vierge et ma paupière
Pour savourer l’étonnement ;
 
Et je devinerais moi-même
Les secrets que nous apprenons ;
J’irais seul aux êtres que j’aime
Et je leur donnerais des noms ;
 
Émerveillé des bleus abîmes
Où le vrai Dieu semble endormi,
Je cacherais mes pleurs sublimes
Dans des vers sonnant l’infini ;
 
Et pour toi, mon premier poème,
Ô mon aimée, ô ma douleur,
Je briserais d’un cri suprême
Un vers frêle comme une fleur.
 
Si pour nous il existe un monde
Où s’enchaînent de meilleurs jours,
Que sa face ne soit pas ronde,
Mais s’étende toujours, toujours...
 
Et que la beauté, désapprise
Par un continuel oubli,
Par une incessante surprise
Nous fasse un bonheur accompli.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 13 septembre 2016 à 16h49

Deux petits dragons verts
-----------------------------

Les dragons, prunelles mi-closes,
Nous les voyons se réjouir
De l’air du temps, de pas grand-chose,
Des fleurs qu’on voit s’épanouir.

L’enfant leur montre la lumière,
Leurs yeux se tournent lentement ;
Ils plissent un peu les paupières
Pour marquer leur étonnement ;

Leur parle la mère elle-même
Que pour divine nous tenons.
Ils lui consacrent ce poème
Qu’ils ont signé de leurs deux noms.

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