Sully Prudhomme

Les Solitudes, 1869


Dernière solitude


 
Dans cette mascarade immense des vivants
Nul ne parle à son gré ni ne marche à sa guise ;
Faite pour révéler, la parole déguise,
Et la face n’est plus qu’un masque aux traits savants.
 
Mais vient l’heure où le corps, infidèle ministre,
Ne prête plus son geste à l’âme éparse au loin,
Et, tombant tout à coup dans un repos sinistre,
Cesse d’être complice et demeure témoin.
 
Alors l’obscur essaim des arrière-pensées,
Qu’avait su refouler la force du vouloir,
Se lève et plane au front comme un nuage noir
Où gît le vrai motif des œuvres commencées.
 
Le cœur monte au visage, où les plis anxieux
Ne se confondent plus aux lignes du sourire ;
Le regard ne peut plus faire mentir les yeux,
Et ce qu’on n’a pas dit vient aux lèvres s’écrire.
 
C’est l’heure des aveux. Le cadavre ingénu
Garde du souffle absent une empreinte suprême,
Et l’homme, malgré lui redevenant lui-même,
Devient un étranger pour ceux qui l’ont connu.
 
Le rire des plus gais se détend et s’attriste,
Les plus graves parfois prennent des traits riants ;
Chacun meurt comme il est, sincère à l’improviste :
C’est la candeur des morts qui les rend effrayants.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 7 novembre 2015 à 11h19

Aigle de savane
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C’est l’aigle de savane, et c’est un bon vivant,
Qui monte jusqu’au ciel, et qui plane à sa guise,
Qui, au coeur de la nuit, en guerrier se déguise
Pour amuser les gens, pour tromper les savants.

Il ne tombe jamais dans de sombres pensées ;
Il se montre toujours oiseau de bon vouloir,
Il rêve dans le jour, il chante dans le noir,
Interrompant parfois la chanson commencée.

C’est l’aigle de savane, un oiseau souriant,
Si tu l’interrogeais, un jour, à l’improviste,
Il te dirait d’abord que la vie n’est pas triste,
Que rien de ce qu’on craint n’est vraiment effrayant.

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