de Sigogne


Le Gaude michi


 
L’on m’a dit que, le plus souvent,
L’amour vous contraint en dormant,
De faire à l’envers la grenouille ;
La nuit sous vos ardants regrets,
Et les doux mystères secrets
De votre doigt qui vous chatouille.
 
Mais je me plains que tout le jour,
Fuyant le même nom d’Amour,
Vous contrefaites la doucette,
Cependant que, toute la nuit,
Vous prenez un nouveau déduit
Avec un manche d’époussette.
 
Mais un clou qui se détacha,
L’autre des nuits, vous écorcha,
Dont vous faites si triste mine
Que vous allez tout dédaignant
Et ne pouvez plus maintenant,
Tenir le cours de votre urine.
 
Une autre fois, il faut choisir
Le temps, le lieu, et le plaisir
De vous caresser à votre aise ;
Usant de ces bâtons polis
Dont l’on rehausse les gros plis
Et les bouillons de votre fraise.
 
Ceux de velours ne coulent pas,
Ceux de satin deviennent gras,
Et sont rudes à la couture ;
Ceux de verre, par un malheur,
S’ils se cassaient, en la chaleur,
Vous pourraient gâter la nature.
 
Il vaudrait bien mieux pratiquer
L’amour même, sans se moquer,
Sans aimer l’ombre de son ombre,
Et sans un ébat tout nouveau,
Vous jouer de quelque naveau
Ou d’un avorton de concombre.
 
Ce n’est pas ainsi qu’il vous faut
Contenter cet endroit si chaud
Qui d’une feinte ne s’abuse,
Et qui pourrait, en un instant,
Allumer, dans un régiment
Toutes les mêches d’Harquebuse ;
 
Ni se tromper de la façon
De celle qui, pour un garçon,
Embrassait souvent une femme,
Et qui mourant de trop aimer,
Ne trouva qu’au fond de la mer
Un remède à sa chaude flamme.
 
Vous n’attendez qu’un mari neuf,
Quelque veau pour devenir bœuf,
Vous ôte ce faux nom de fille,
En tenant clos votre vallon,
Craignant l’enflure du ballon,
Vous vous ébattez d’une quille.
 
Mais qui que ce soit, le sot né,
Votre mari prédestiné,
Bien qu’il n’épouse qu’une bête,
Heureux il sera, le cocu,
Oui bien, si vous avez le cul
Aussi léger comme la tête.
 

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