Louisa Siefert

Rayons perdus, 1868


Tristesse


 
Rentrez dans vos cartons, robe, rubans, résille !
Rentrez, je ne suis plus l’heureuse jeune fille
Que vous avez connue en de plus anciens jours.
Je ne suis plus coquette, ô mes pauvres atours !
Laissez-moi ma cornette et ma robe de chambre,
Laissez-moi les porter jusqu’au mois de décembre ;
Leur timide couleur n’offense point mes yeux :
C’est comme un deuil bien humble et bien silencieux,
Qui m’adoucit un peu les réalités dures.
Allez-vous-en au loin, allez-vous-en, parures !
Avec vous je sens trop qu’il ne reviendra plus,
Celui pour qui j’ai pris tant de soins superflus !
Quand vous et mon miroir voulez me rendre fière,
Retenant mal les pleurs qui mouillent ma paupière,
Sentant mon cœur mourir et l’appeler tout bas,
Je répète : « À quoi bon, Il ne me verra pas !»
Je pouvais autrefois, avant de le connaître,
Au temps où je rêvais en me disant : « Peut-être ! »
Je pouvais écouter votre frivolité,
Placer dans mes cheveux les roses de l’été,
Nouer un ruban bleu sur une robe blanche,
Et, comme un arbrisseau qui sur l’onde se penche,
Contempler mollement mes quinze ans ingénus.
(Songes, songes charmants, qu’êtes-vous devenus ?)
Je le cherchais alors et j’attendais la vie.
Mais aujourdhui, comment me feriez-vous envie ?
Le soleil n’a pour moi ni chaleur, ni clarté.
Tout venait de lui seul dans ce temps enchanté,
L’amour comme l’espoir, l’air comme la lumière...
J’ai perdu, j’ai perdu mon aurore première ;
Celle qui rit pour rire et chante pour chanter,
Un souffle d’épouvante est venu l’emporter.
Tout est noir, tout est mort et je me sens glacée.
Oh ! ne m’arrachez plus à ma sombre pensée.
Rien sur ce flot amer ne peut me retenir,
Et l’ombre du passé s’étend sur l’avenir.
 

Septembre 18...

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