Albert Samain

Le Chariot d’or, 1901



Une heure sonne au loin. — Je ne sais où je vais.
Oh ! j’ai le cœur si plein de Toi, si tu savais !
Je te vois, je t’entends. Devant moi solitaire
Une apparition blanche frôle la terre,
Comme une fée au fond des clairières, le soir.
Et cette ombre d’amour si radieuse à voir,
Elle a tes yeux, tes yeux d’émeraude, ô ma vie,
Dont la douceur étrange aux longs rêves convie,
Comme l’azur profond de la mer ou des cieux ;
Et sa robe qui glisse à plis silencieux,
Sa robe, c’est la tienne aussi, ma Bien-Aimée,
Ta robe de Bohême onduleuse et lamée
Où l’or parmi la soie allume maint éclair,
Ta robe, fourreau mince et tiède de ta chair,
Dont le seul souvenir, effleurant ma narine,
Fait couler un ruisseau d’amour dans ma poitrine...
 
Je suis seul. Le silence emplit les quais déserts.
L’âme en fleurs du printemps s’exhale dans les airs.
C’est une tiède nuit d’amant ou de poète,
Et j’ai l’amour à l’âme et l’amour à la tête,
Et j’ai soif de tes yeux pour me mettre à genoux !
 
Ce sont des mots sans suite, et des gestes si doux
Qu’ils semblent avoir peur de toucher, des mains jointes,
Des désirs par instant aigus comme des pointes
Et puis des nerfs crispés de la nuque au talon,
Toute l’âme perdue après son violon
Qui chante et qui sanglote et qui crie et qui râle,
Toute l’âme d’un grand enfant fiévreux et pâle...
 
Des fiacres attardés roulent dans les lointains.
Sous les arbres émus de frissons incertains,
Des brises doucement circulent, attiédies,
Et poignantes au cœur comme des mélodies.
Le fleuve sourd ondule en moires de langueur
Et j’ai tout un bouquet d’étoiles dans le cœur !
 
Je t’aime. Mon sang crie après toi. J’ai la fièvre
De boire cette nuit idéale à ta lèvre,
D’étendre sous tes pieds, comme un manteau de roi,
Ma Vie et de te dire, oh ! de te dire : « Toi »
Avec une langueur si tendre et si profonde
Qu’en la sentant sur toi, ta chair, toute, se fonde.
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Hugо : «Ρеndаnt quе lе mаrin, qui саlсulе еt qui dоutе...»

Τhаlу : L’Îlе lоintаinе

Viviеn : Dеvаnt lе соuсhаnt

Viviеn : Lа Соnquе

Vеrlаinе : Соllоquе sеntimеntаl

Βrulé : «Ρоur mаl tеmps ni pоur gеléе...»

Dеsсhаmps : «Jе dеviеns соurbеs еt bоssu...»

Αndré Sаlmоn

Μас Οrlаn : Lе Μаnègе d’аérоplаnеs

Dеsсhаmps : Ρlаintеs d’аmоurеuх

☆ ☆ ☆ ☆

Hugо : «Ρеndаnt quе lе mаrin, qui саlсulе еt qui dоutе...»

Hugо : «Ιl lui disаit : Vоis-tu, si tоus dеuх nоus pоuviоns...»

*** : Dаns lеs fоrtifs

Vеrlаinе : Wаlсоurt

Соignаrd : Соntrе lа сhаir

Gаlоу : Νаturе pаrisiеnnе

Cоmmеntaires récеnts

De Jаdis sur Αuх mоrts (Lесоntе dе Lislе)

De Сосhоnfuсius sur Lе Dаïmiо (Hеrеdiа)

De Сосhоnfuсius sur Lе Vаissеаu d’оr (Νеlligаn)

De Соttinеаu sur Μа dаnsе (Сеndrаrs)

De Сосhоnfuсius sur Flеurs dе Fеu (Hеrеdiа)

De Jаdis sur Ρаlmе (Vаlérу)

De Vinсеnt sur Lе Μоrt јоуеuх (Βаudеlаirе)

De Jаdis sur Rоndеаu : «Rеpоs étеrnеl dоnnе à сil...» (Villоn)

De Simоn Hоаrаu sur Sсаrbо : «Οh ! quе dе fоis је l’аi еntеndu еt vu...» (Βеrtrаnd)

De Εsprit dе сеllе sur L’Éсоlе buissоnnièrе (Durосhеr)

De ΜаdаmеСоnnаssе sur Сhаpеllе dе lа mоrtе (Νеlligаn)

De Сurаrе- sur «Lе sоn du соr s’аffligе vеrs lеs bоis...» (Vеrlаinе)

De Τutus ΙΙ bis sur Vénus Αnаdуоmènе (Rimbаud)

De Сurаrе- sur «Jе vоguе sur lа mеr, оù mоn âmе сrаintivе...» (Gоmbаud)

De Сurаrе- sur Lе Vœu (Hеrеdiа)

De hiаtus sur Ρоur lе Vаissеаu dе Virgilе (Hеrеdiа)

De Ιхеu.е sur À l’inассеssiblе (Rоllinаt)

De Vinсеnt sur Un Ρеintrе (Hеrеdiа)

De Lе Gаrdеur d’Οiеs sur Ρоssеssiоn Frаnçаisе (Lеvеу)

De Frаnсisсо sur Dаns l’аubеrgе fumеusе... (Jаmmеs)

De Vinсеnt sur Lа Τоur dе Νеslе (Βеrtrаnd)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе