Albert Samain

Au jardin de l’infante, 1893


Soirs


 
 

I


 
Calmes aux quais déserts s’endorment les bateaux.
Les besognes du jour rude sont terminées,
Et le bleu Crépuscule aux mains efféminées
Éteint le fleuve ardent qui roulait des métaux.
 
Les ateliers fiévreux desserrent leurs étaux,
Et, les cheveux au vent, les fillettes minées
Vers les vitrines d’or courent, illuminées,
Meurtrir leur désir pauvre aux diamants brutaux.
 
Sur la ville noircie, où le peuple déferle,
Le ciel, en des douceurs de turquoise et de perle,
Le ciel semble, ce soir d’automne, défaillir.
 
L’Heure passe comme une femme sous un voile ;
Et, dans l’ombre, mon cœur s’ouvre pour recueillir
Ce qui descend de rêve à la première étoile.
 
 
 

II


 
Le Séraphin des soirs passe le long des fleurs...
La Dame-aux-Songes chante à l’orgue de l’église ;
Et le ciel, où la fin du jour se subtilise,
Prolonge une agonie exquise de couleurs.
 
Le Séraphin des soirs passe le long des cœurs...
Les vierges au balcon boivent l’amour des brises ;
Et sur les fleurs et sur les vierges indécises
Il neige lentement d’adorables pâleurs.
 
Toute rose au jardin s’incline, lente et lasse,
Et l’âme de Schumann errante par l’espace
Semble dire une peine impossible à guérir...
 
Quelque part une enfant très douce doit mourir...
Ô mon âme, mets un signet au livre d’heures,
L’Ange va recueillir le rêve que tu pleures.
 
 
 

III


 
Le ciel comme un lac d’or pâle s’évanouit,
On dirait que la plaine, au loin déserte, pense ;
Et dans l’air élargi de vide et de silence
S’épanche la grande âme triste de la nuit.
 
Pendant que çà et là brillent d’humbles lumières,
Les grands bœufs accouplés rentrent par les chemins ;
Et les vieux en bonnet, le menton sur les mains,
Respirent le soir calme aux portes des chaumières.
 
Le paysage, où tinte une cloche, est plaintif
Et simple comme un doux tableau de primitif,
Où le Bon Pasteur mène un agneau blanc qui saute.
 
Les astres au ciel noir commencent à neiger,
Et là-bas, immobile au sommet de la côte,
Rêve la silhouette antique d’un berger.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 13 septembre 2015 à 11h20

(II bis)


Harpe murmurante
------------------------

Cent millions de bourdons sur les trèfles en fleur ;
C’est ta chanson du jour, pays couvert d’églises,
Une langue ignorée, des mots qu’on subtilise,
Un ciel dont mon regard reflète la pâleur.

Tel celui du bourdon, le murmure du coeur
Se fait à peine entendre au sein des froides brises ;
Harpe sonnant au loin pour une âme indécise,
Au temps où le visage a perdu ses couleurs.

Et moi, j’aime le son de la harpe un peu lasse,
J’aime aussi la façon dont il emplit l’espace,
Pour soulager le mal impossible à guérir.

N’ayez point de souci pour la harpe qui pleure,
C’est ce bel instrument qui rira, tout à l’heure,
Et puis, la poésie ne peut jamais mourir.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 15 août 2017 à 12h10

(II ter)

Sagesse aux belles griffes
--------------------

Le chat dans le jardin ne cueille aucune fleur ;
Et jamais, le dimanche, il n’entre dans l’église.
On peut lui pardonner le peu qu’il subtilise,
Il ne s’attaque point aux objets de valeur.

Lui caressant le flanc, j’entends battre son coeur ;
Tous les deux, nous aimons la fraîcheur de la brise,
Car elle est bienveillante à notre âme indécise.
De l’estival jardin, tendre sont les couleurs,

On y voit voleter l’abeille, jamais lasse,
Et l’appel de la pie traverse cet espace.
Que nous servirait-il, en ce lieu, de courir ?

J’aime ce chat discret qui ne rit, ni ne pleure,
Qui, sans montre au poignet, peut décompter les heures,
Et qui, si patiemment, m’écoute discourir.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 15 août 2017 à 12h19

Sagesse aux belles griffes
--------------------

(retouche)

De l’estival jardin, tendres sont les couleurs,

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 18 mars 2020 à 12h23

II-quater Murmurante église
                 -------------

Trois démons sur l’autel ont déposé des fleurs,
Eux qui ne craignent point d’entrer dans une église ;
Ils consacrent ainsi les biens qu’ils subtilisent,
Auxquels ils n’attribuent pas la moindre valeur.

Un murmure assourdi vient de leur sombre coeur
Qui vibre faiblement, comme sous une brise ;
Dieu sera bienveillant pour leur âme indécise
Qui d’inframonde a pris les sinistres couleurs.

Ils tremblent quelque peu ; est-ce un ange qui passe
Ou un trou noir géant qui traverse l’espace ?
Vers leur triste refuge ils sont prêts à courir.

Les démons de l’Enfer rarement rient ou pleurent,
Eux qui dans cette église aiment passer des heures ;
Femme du charpentier, veux-tu les secourir ?

[Lien vers ce commentaire]

Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Dеubеl : Détrеssе

Viviеn : Dеvаnt lе соuсhаnt

Viviеn : Lа Соnquе

Vеrlаinе : Соllоquе sеntimеntаl

Βrulé : «Ρоur mаl tеmps ni pоur gеléе...»

Dеsсhаmps : «Jе dеviеns соurbеs еt bоssu...»

Αndré Sаlmоn

Μас Οrlаn : Lе Μаnègе d’аérоplаnеs

Dеsсhаmps : Ρlаintеs d’аmоurеuх

Τоulеt : «Сеt huissiеr, qui јеtаit, l’été...»

☆ ☆ ☆ ☆

Νаvаrrе : «J’аimе unе аmiе еntièrеmеnt pаrfаitе...»

Соppéе : Désir dе glоirе

Hugо : «Ιl lui disаit : Vоis-tu, si tоus dеuх nоus pоuviоns...»

*** : Dаns lеs fоrtifs

Cоmmеntaires récеnts

De Jаdis sur Μа sоuffrаnсе (Dеubеl)

De Duguinе sur Αmstеrdаm (Jаmmеs)

De Сосhоnfuсius sur Sаlut (Μаllаrmé)

De Jаdis sur Sоnnеt dе Ρоrсеlаinе (Viviеn)

De Сосhоnfuсius sur Μédаillе (Hеrеdiа)

De Jаdis sur Lе Rоssignоl еt lа Grеnоuillе (Rоussеаu)

De Сосhоnfuсius sur Lе Соurеur (Hеrеdiа)

De Gаrdiеn dеs саnаrds sur Μа dаnsе (Сеndrаrs)

De Суоrаnе- sur «Ρаr l’аmplе mеr, lоin dеs pоrts еt аrènеs» (Sаint-Gеlаis)

De Τhundеrbird sur Lе Ρоètе соntumасе (Соrbièrе)

De Μаgélаnt sur Αiguillеs dе саdrаn (Sаint-Ρоl-Rоuх)

De Vinсеnt sur Lе Μоrt јоуеuх (Βаudеlаirе)

De Simоn Hоаrаu sur Sсаrbо : «Οh ! quе dе fоis је l’аi еntеndu еt vu...» (Βеrtrаnd)

De Εsprit dе сеllе sur L’Éсоlе buissоnnièrе (Durосhеr)

De ΜаdаmеСоnnаssе sur Сhаpеllе dе lа mоrtе (Νеlligаn)

De Сurаrе- sur «Lе sоn du соr s’аffligе vеrs lеs bоis...» (Vеrlаinе)

De Τutus ΙΙ bis sur Vénus Αnаdуоmènе (Rimbаud)

De Сurаrе- sur «Jе vоguе sur lа mеr, оù mоn âmе сrаintivе...» (Gоmbаud)

De Сurаrе- sur Lе Vœu (Hеrеdiа)

De hiаtus sur Ρоur lе Vаissеаu dе Virgilе (Hеrеdiа)

De Ιхеu.е sur À l’inассеssiblе (Rоllinаt)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе