Albert Samain

Le Chariot d’or, 1901


Soir de Printemps


 
Premiers soirs de printemps : tendresse inavouée...
Aux tiédeurs de la brise écharpe dénouée...
Caresse aérienne... encens mystérieux...
Urne qu’une main d’ange incline au bord des cieux...
Oh ! quel désir ainsi, troublant le fond des âmes,
Met ce pli de langueur à la hanche des femmes ?
Le couchant est d’or rose et la joie emplit l’air,
Et la ville, ce soir, chante comme la mer.
Du clair jardin d’avril la porte est entrouverte,
Aux arbres légers tremble une poussière verte.
Un peuple d’artisans descend des ateliers ;
Et, dans l’ombre où sans fin sonnent les lourds souliers,
On dirait qu’une main de Véronique essuie
Les fronts rudes tachés de sueur et de suie.
La semaine s’achève, et voici que soudain,
Joyeuses d’annoncer la Pâque de demain,
Les cloches, s’ébranlant aux vieilles tours gothiques,
Et revenant du fond des siècles catholiques,
Font tressaillir quand même aux frissons anciens
Ce qui reste de foi dans nos vieux os chrétiens !
Mais déjà, souriant sous ses voiles sévères,
La nuit, la nuit païenne apprête ses mystères ;
Et le croissant d’or fin, qui monte dans l’azur,
Rayonne, par degrés plus limpide et plus pur.
Sur la ville brûlante, un instant apaisée,
On dirait qu’une main de femme s’est posée ;
Les couleurs, les rumeurs s’éteignent peu à peu ;
L’enchantement du soir s’achève... et tout est bleu !
Ineffable minute où l’âme de la foule
Se sent mourir un peu dans le jour qui s’écoule...
Et le cœur va flottant vers de tendres hasards
Dans l’ombre qui s’étoile aux lanternes des chars.
Premiers soirs de printemps : brises, légères fièvres !
Douceur des yeux !... tiédeur des mains !... langueur des lèvres !
Et l’amour, une rose à la bouche, laissant
Traîner à terre un peu de son manteau glissant,
Nonchalamment s’accoude au parapet du fleuve,
Et puisant au carquois d’or une flèche neuve,
De ses beaux yeux voilés, cruel adolescent,
Sourit, silencieux, à la nuit qui consent.
 

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