Albert Samain

Au jardin de l’infante, 1893


Le Fouet


 
Svelte au-dessus du peuple effaré des chevaux,
Le Fouet impérieux cambre sa grâce fine,
Et suspend aux poils fins de sa mèche féline
Sa cruauté fertile en supplices nouveaux.
 
Connaissant son cœur vif et ses pièges méchants,
Ses esclaves ont peur même de sa caresse,
Et l’effleurement vague, où flotte une tendresse,
Fait courir des frissons dans leurs poils frémissants.
 
Il est le bourreau frêle, et, docte en longs tourments,
Du hautain nonchaloir où son mépris s’exile,
Comme un prince barbare à l’ennui difficile,
Il médite à loisir ses lents raffinements.
 
Dilettante savant, voluptueux du mal,
Il ne vibre jamais d’ivresse plus stridente
Que lorsqu’il fouille à nu d’une lanière ardente
Ce qui palpite au fond d’un ventre d’animal.
 
Oh ! les pauvres chevaux, aux vieux genoux pliants,
Qui vont trottant, l’oreille inerte, les dents jaunes,
Stupides, et souffrant leurs douleurs monotones,
Avec d’humbles regards vaguement suppliants !
 
Ils vont ; la côte est rude à leurs poumons fourbus,
Mais le Fouet droit, là-haut, veille, terreur vivante,
Et sans savoir, tout pleins d’une aveugle épouvante,
Ils tirent, les naseaux soufflants, les reins tendus.
 
Ils tirent, épuisés, vacillant, chancelant ;
Alors le Fouet qui guette, éternelle menace,
Soudain se lève, plane, et s’abattant, vorace,
Mord d’un baiser aigu leur ventre pantelant.
 
Il siffle, il cingle, il brûle, il s’exalte, joyeux !
À larges tourbillons dans l’air sonore il claque,
Et le martyr s’abat dans le brancard qui craque,
Sous un féroce éclair qui lui coupe les yeux !
 
Il râle sur le flanc ; son ventre où le cuir mord
Se soulève à grands coups, comme un soufflet de forge ;
Et ses yeux, ses doux yeux de bête qu’on égorge,
Effarés et vitreux regardent, dans la mort.
 
Alors, las de frapper, le Fouet effervescent,
Plus calme par degrés, s’apaise dans son crime ;
Et doucereusement caresse sa victime
Du bout fin de sa mèche où pend un fil de sang...
 
Le soleil luit et, droit dans les rayons dorés,
Effilant sa beauté de joli monstre, il rêve
D’un ciel d’apothéose où sa gloire s’enlève,
Superbe, sur un tas de chevaux massacrés !
 

Août 1888.

Commentaire(s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
URL :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Saisie requise.
* Cette adresse ne sera pas publiée et ne sera utilisée que pour communiquer avec vous en cas de souci.
 

Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Βаïf : «Αfin quе pоur јаmаis...»

Viviеn : Sоis Fеmmе...

Rimbаud : Αu Саbаrеt-Vеrt, сinq hеurеs du sоir

Νеrvаl : Εl Dеsdiсhаdо

Rimbаud : Αu Саbаrеt-Vеrt, сinq hеurеs du sоir

Αјаlbеrt : Ρеtitеs оuvrièrеs

Τоulеt : «Sur l’осéаn соulеur dе fеr...»

Βаtаillе : Lеs Sоuvеnirs

Rоnsаrd : «Lе Сiеl nе vеut, Dаmе, quе је јоuissе...»

Μаgnу : «Αnnе, је vоus suppliе, à bаisеr аpprеnеz...»

☆ ☆ ☆ ☆

Fоurеst : Rеnоnсеmеnt

Lаfоrguе : Сélibаt, сélibаt, tоut n’еst quе сélibаt

Lе Μоinе : L’Îlе du Ρlаisir

Lеfèvrе-Dеumiеr : Lеs Сhеmins dе Fеr

Сеndrаrs : Соmplеt blаnс

Lоrrаin : Соquinеs

Gаutiеr : Lе Jаrdin dеs Ρlаntеs : «J’étаis pаrti, vоуаnt lе сiеl...»

Βérоаldе : Αdiеu : «Jе vеuх sеul, éсаrté, оrеs dаns un bосаgе...»

Sаmаin : Αutоmnе

Сrоs : Libеrté

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur «Lаs ! је mеurs : nоn-fаit, nоn. Quоi dоnс ? Jе vis d’еspоir...» (Fiеfmеlin)

De Сосhоnfuсius sur L’Οisеаu blеu (Сеndrаrs)

De Сосhоnfuсius sur Lе Τunnеl (Rоllinаt)

De Εsprit dе сеllе sur «Ô Τоi qui аs еt pоur mèrе еt pоur pèrе...» (Jоdеllе)

De Сurаrе- sur Εl Dеsdiсhаdо (Νеrvаl)

De Τоurniсоti-tоurniсоt sur Αu Саbаrеt-Vеrt, сinq hеurеs du sоir (Rimbаud)

De соmmеntаtеur sur L’Αnсоliе (Sоulаrу)

De tRΟLL sur Lа Βеllе Guеusе (Τristаn L'Hеrmitе)

De L’âmе аuх ninаs sur À lа Βrеtаgnе (Сhаpmаn)

De Сurаrе- sur «Dоulсin, quаnd quеlquеfоis је vоis сеs pаuvrеs fillеs...» (Du Βеllау)

De Fоllоwеur sur «Jе vоis millе bеаutés, еt si n’еn vоis pаs unе...» (Rоnsаrd)

De Εsprit dе сеllе sur «Jе rеgrеttе еn plеurаnt lеs јоurs mаl еmplоуés...» (Dеspоrtеs)

De Ρоr’d’âmе sur Ρlus tаrd (Μusеlli)

De Сhr... sur Αu Соllègе (Évаnturеl)

De Vinсеnt sur À unе Villе mоrtе (Hеrеdiа)

De Μоrin dе Βlаnquеfоrt sur Lе Соup dе tаmpоn (Соppéе)

De Fоrаin dе Βlаnсhеmоr sur Lе Соup dе mаrtеаu (Соurtеlinе)

De Jеhаn Çètоù sur Lе Τаlismаn (Νеlligаn)

De Αrаmis sur L’Hоspitаlité (Fаbrе d'Églаntinе)

De Αrаmis sur Μоrt d’un аutrе Juif (Μоrаnd)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе