Sainte-Beuve



 
J’étais un arbre en fleur où chantait ma Jeunesse,
Jeunesse, oiseau charmant, mais trop vite envolé,
Et même, avant de fuir du bel arbre effeuillé,
Il avait tant chanté qu’il se plaignait sans cesse.
 
Mais sa plainte était douce, et telle en sa tristesse
Qu’à défaut de témoins et de groupe assemblé,
Le buisson attentif avec l’écho troublé
Et le cœur du vieux chêne en pleuraient de tendresse.
 
Tout se tait, tout est mort ! L’arbre, veuf de chansons,
Étend ses rameaux nus sous les mornes saisons ;
Quelque craquement sourd s’entend par intervalle ;
 
Debout il se dévore, il se ride, il attend,
Jusqu’à l’heure où viendra la Corneille fatale
Pour le suprême hiver chanter le dernier chant.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 6 août 2019 à 11h53

Le jardin sans la croix
--------------

La dame et le seigneur en leur prime jeunesse
Ont vu les fleurs s’ouvrir et les anges voler ;
Bercés par les chansons des oiseaux bariolés,
Ils aimaient ce jardin qu’ils admiraient sans cesse.

Mais au bout de sept jours, le prince et la princesse,
Ces deux enfants de Dieu, de gloire auréolés,
Parlèrent au serpent qui les sut enjôler ;
Or, bien cher fut payé ce moment de faiblesse.

Ce ne fut plus le temps d’entendre des chansons,
Mais ce fut le début des pleurs et des frissons :
Ils me l’ont raconté, le prêtre et la vestale.

Comment se délivrer de ce mauvais penchant
Qui nous fit déraper sur la pente fatale ?
C’est ce que je ne peux vous dire dans ce chant.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 16 mars 2020 à 12h08

Arbre des muses
------------

Cet arbre tutélaire, ami de la jeunesse,
Se souvient mieux que nous de nos jours envolés ;
Il dansa dans le vent sans jamais s’affoler,
Un léger chant d’oiseau l’accompagne sans cesse.

Lui qui ne rencontra ni prince ni princesse,
Il connut des bergers d’amour auréolés ;
Cupidon les avait bellement enjôlés,
Mais l’arbre, pour sa part, n’eut jamais de maîtresse.

Aucun barde jamais n’en fit une chanson,
Pas plus qu’on n’a chanté ses voisins les buissons .
Mais une muse habite en sa forêt natale.

Quand il sera, plus tard,  un vieil arbre penchant,
Il ira sans frémir vers une issue fatale,
Mourant sans regretter les muses ni les chants.

[Lien vers ce commentaire]

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