Ronsard

Sonnets pour Hélène, 1578



 
Si j’ai bien ou mal dit en ces Sonnets, Madame,
Et du bien et du mal vous êtes cause aussi :
Comme je le sentais, j’ai chanté mon souci,
Tâchant à soulager les peines de mon âme.
 
Ha ! qu’il est malaisé, quand le fer nous entame,
S’engarder de se plaindre, et de crier merci !
Toujours l’esprit joyeux porte haut le sourcil,
Et le mélancolique en soi-même se pâme.
 
J’ai suivant votre amour le plaisir poursuivi,
Non le soin, non le deuil, non l’espoir d’une attente.
S’il vous plaît, ôtez-moi tout argument d’ennui :
 
Et lors j’aurai la voix plus gaillarde et plaisante.
Je ressemble au miroir, qui toujours représente
Tout cela qu’on lui monstre, et qu’on fait devant lui.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 6 mai 2016 à 14h44

Dévoreur de taureaux
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-- Viendrez-vous savourer quelques taureaux, Madame ?
Nous pourrions grignoter quelques béliers aussi  ;
De pâtre ni berger, nous n’aurons point souci,
Car je sais insuffler la terreur dans leurs âmes.

-- Ce serait malaisé, lui répondit la femme,
Je n’en mangerai point ; mais je vous dis merci.
Le pâtre et le berger qui là-bas sont assis
Sont mon père et mon frère, et je craindrais leur blâme.

En entendant cela, le monstre s’est enfui ,
Faisant quelques arrêts pour boire l’eau des puits ;
Car la belle inconnue décevait son attente.

-- Flûte ! On ne sait jamais si ces humains plaisantent,
Je m’en vais avaler la prochaine passante ;
Je vois rire un taureau, ma foi, tant mieux pour luui.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 6 juillet 2022 à 22h06

Dame cathare
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Dans le manichéisme a grandi cette dame,
Un Maître pour le Bien, un pour le Mal aussi ;
Un binôme au pouvoir, ce n’est pas un souci,
Cela ne trouble pas la candeur de cette âme.

Ève comme Lilith, l’une et l’autre sont femmes,
Le serpent mêmement les tient à sa merci ;
L’Alpha et l’Oméga ont un rôle précis,
Tissant de l’univers la rigoureuse trame.

De l’Olympe sacré les dieux se sont enfuis,
À l’état de musées leurs temples sont réduits ;
Ils n’ont plus de valets, il n’ont plus de servantes.

La dame est sans égards pour les prêtres qui mentent,
Car leur Unité Triple est abracadabrante ;
Le Vatican pourra se la garder pour lui.

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