Ronsard

Les Amours, 1553



Quand je vous vois, ou quand je pense à vous,
D’une frisson tout le cœur me frétille,
Mon sang s’émeut, et d’un penser fertile
Une autre croît, tant le sujet m’est doux.
 
Je tremble tout de nerfs et de genoux :
Comme la cire au feu, je me distille :
Ma raison tombe, et ma force inutile
Me laisse froid sans haleine et sans pouls.
 
Je semble au mort, qu’en la fosse on dévale,
Tant je suis hâve, épouvantable et pâle,
Voyant mes sens par la mort se muer :
 
Et toutefois je me plais en ma braise.
D’un même mal l’un et l’autre est bien aise,
Moi de mourir, et vous de me tuer.
 
 
 

[Version de la première édition]


 
Quand je vous vois, ou quand je pense en vous,
Je ne sais quoi dans le cœur me frétille,
Qui me pointelle, et tout d’un coup me pille
L’esprit emblé d’un ravissement doux.
 
Je tremble tout de nerfs et de genoux :
Comme la cire au feu, je me distille,
Sous mes soupirs :  et ma force inutile
Me laisse froid, sans haleine et sans pouls.
 
Je semble au mort, qu’on dévale en la fosse,
Ou à celui qui d’une fièvre grosse
Perd le cerveau, dont les esprits mués
 
Rêvent cela, qui plus leur est contraire.
Ainsi, mourant, je ne saurai tant faire,
Que je ne pense en vous, qui me tuez.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 1er mai 2022 à 12h25

Felix Episcopus
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Repose en paix, bienheureux Dupanloup,
Et que ton âme en Paradis frétille ;
Bien entouré d’angelettes gentilles,
D’être passé ne t’ennuie pas beaucoup

Devant Marie tu te mets à genoux,
Qui du Seigneur est la plus noble fille ;
Pou tes péchés, pour ces quelques broutilles,
Ils sont cléments, elle et son tendre époux.

Ton corps défunt qui repose en la fosse
Ne goûte plus les viandes ni les sauces ;
Son  bel organe, il ne peut en user.

Mais quant à l’âme, elle brûle, au contraire,
D’un vif désir, et ne s’y peut soustraire ;
Mais elle a soin de n’en pas abuser.

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