Ronsard

Continuation des Amours, 1555



Écoute mon Aurat, la terre n’est pas digne
De pourrir en la tombe un tel corps que le tien :
Tu fus en ton vivant des Muses le soutien,
Et pour ce après ta mort tu deviendras un Cygne,
 
Tu deviendras Cigale ou Mouche Limousine,
Qui fait un miel plus doux que n’est l’Hymettien,
Ou Voix qui redit tout, et si ne redit rien,
Ou l’Oiseau qui maudit Teré’ sur une épine.
 
Si tu n’es transformé tout entier en quelqu’un,
Tu vêtiras un corps à cinq autres commun,
Et seras composé de tous les cinq ensemble,
 
Car un seul pour d’Aurat suffisant ne me semble ;
Et d’homme sera fait un beau monstre nouveau,
De Voix, Cygne, Cigalle, et d’Avette, et d’Oiseau.
 
 
 

[Version antérieure :]


 
Aurat, après ta mort, la terre n’est pas digne
Pourrir si docte corps, comme est vraiment le tien.
Les Dieux le changeront en une voix, ou bien,
Si Échon ne suffit, le changeront en Cygne,
 
Ou, en ce corps qui vit de rosée divine,
Ou en mouche qui fait le miel hymettien,
Ou en l’oiseau qui chante, et le crime ancien
De Térée au printemps redit sur une épine.
 
Ou, si tu n’es changé tout entier en quelqu’un.
Tu vêtiras un corps qui te sera commun
Avecque tous ceux-ci, participant ensemble
 
De tous (car un pour toi suffisant ne me semble),
Et d’homme seras fait un beau monstre nouveau
De voix, cygne, cigale, et d’avette, et d’oiseau.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 14 septembre 2015 à 11h16

Renne dextre et renne senestre
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Chez eux, l’axe du monde un petit peu s’incline,
Faisant que le soleil à minuit brûle bien,
Ou  que, pendant des mois, il n’éclaire plus rien ;
D’un bel oiseau nocturne, alors, il s’hallucine.

Le ciel s’illuminant d’une aurore divine
Reçoit une clarté de tous les méridiens ;
Les gens vont en traîneau que font mouvoir les chiens,
Jamais ne règne ici la douceur angevine.

Il faut marcher fort loin pour rencontrer quelqu’un ;
Mais aussi, quel plaisir, ces repas en commun,
Ces blagues qu’on reprend avec un bel ensemble !

Rennes dextre et senestre entendent un oiseau
Qui, venu de la mer, leur chante un chant nouveau ;
Et même, la montagne écoute, à ce qu’il semble.

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