Ronsard

Sonnets pour Hélène, 1578



 
D’autre torche mon cœur ne pouvait s’allumer
Sinon de tes beaux yeux, où l’amour me convie :
J’avais déjà passé le meilleur de ma vie,
Tout franc de passion, fuyant le nom d’aimer.
 
Je soulais maintenant cette Dame estimer,
Et maintenant cet autre, où me portait l’envie,
Sans rendre ma franchise à quelqu’une asservie :
Rusé je ne voulais dans les rets m’enfermer.
 
Maintenant je suis pris, et si je prends à gloire
D’avoir perdu le camp, frustré de la victoire :
Ton œil vaut un combat de dix ans d’Ilion.
 
Amour, comme étant Dieu, n’aime pas les superbes.
Sois douce à qui te prie, imitant le Lion :
La foudre abat les monts, non les petites herbes.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 6 août 2024 à 11h52

Pâle coeur
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Ce coeur ne sait plus s’allumer,
Même si Vénus l’y convie ;
Animé d’un semblant de vie,
Il se souvient d’avoir aimé.

Lui qui d’Éros fut estimé,
Porteur de flamme inassouvie,
Vaillance jamais asservie,
Le voilà seul et renfermé.

Que de vains souvenirs de gloire,
Quelle nostalgie de victoires !
De cris, de chocs, de tourbillons...

Les blés fauchés sont mis en gerbe,
Plus ne vole aucun papillon :
Car toute chair est comme l’herbe.

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