Ronsard

Sonnets pour Hélène, 1578



 
Amour abandonnant les vergers de Cythères,
D’Amathonte et d’Eryce, en la France passa :
Et me montrant son arc, comme Dieu, me tança,
Que j’oubliais, ingrat, ses lois et ses mystères.
 
Il me frappa trois fois de ses ailes légères :
Un trait le plus aigu dans les yeux m’élança.
La plaie vint au cœur, qui chaude me laissa
Une ardeur de chanter les honneurs de Surgères.
 
Chante (me dit Amour) sa grâce et sa beauté,
Sa bouche, ses beaux yeux, sa douceur, sa bonté :
Je la garde pour toi le sujet de ta plume.
 
— Un sujet si divin ma Muse ne poursuit. —
Je te ferai l’esprit meilleur que de coutume :
" L’homme ne peut faillir, quand un Dieu le conduit.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 2 août 2016 à 16h38

La papesse Jeanne
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D’où venait cette nonne ? Était-ce de Cythère,
Ainsi qu’un cardinal en un temps le pensa ?
L’Histoire, à ce sujet, point ne se prononça,
Il se peut qu’à jamais cela reste un mystère.

Pour le trône sacré, la charge fut légère ;
Même, en la grande salle, un jour, elle dansa,
Mais ses pesants devoirs jamais ne délaissa
Auxquels, nous apprend-on, bien d’autres dérogèrent.

En rêve je revois sa grâce et sa beauté,
Son humour, ses regards, sa candeur, sa piété :
Ronsard, viens à mon aide, et prête-moi ta plume !

L’homme ne peut faillir, quand Ronsard le conduit,
Et chaque rimailleur qui son oeuvre poursuit
Produira des écrits meilleurs que de coutume.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 24 mai 2021 à 12h30

Rapace ourocéphale
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Je vois planer au ciel un monstre solitaire,
Un vigoureux oiseau qui d’un roc s’élança ;
Vers un lointain rivage ensuite il avança,
Quant à son but final, cela reste un mystère.

Les bardes du village un jour l’interrogèrent,
Mais leur sollicitude envers lui l’agaça ;
D’un terrible regard quadruple il les chassa,
D’en tirer quelque chose ils se découragèrent.

Le druide en a conclu, parlant sans hésiter,
Que le rapace avait sa propre vérité ;
Avec de l’hydromel il a béni ses plumes.

Peut-être qu’un amour aveugle le conduit,
Qu’à rester sous sa coupe il se trouve réduit ;
Eros est donc aussi farceur que de coutume.

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