Rollinat

Paysages et paysans, 1899


Le Grand-Père


 
La fille au père Pierre, avec ses airs de sainte,
A si bien surveillé son corps fallacieux
Que sa grossesse a pu mentir à tous les yeux ;
Mais son heure a sonné de n’être plus enceinte.
 
Dans la grand’ chambre on dort comme l’eau dans les trous.
Tout à coup, elle geint, crie et se désespère.
On se lève, on apprend la chose. Le grand-père
Continue à ronfler sous son baldaquin roux.
 
Mais le bruit à la fin l’éveille, et le voilà
Clamant du lit profond d’où sa maigreur s’arrache :
« Pierr’, quoiq’ya ? — Pèr, ya rin ! — Si ! s’passe un’ chos’ qu’on m’cache ;
Et ma p’tit’ fill’ se plaint, j’l’entends ben ! quoi qu’elle a ? »
 
— Elle a qu’elle va faire un champi ! — Le bonhomme
Prend son bâton ferré qu’il brandit en disant :
« Dans not’ famill’ yaura l’déshonneur à présent !
La gueus’ ! vous voyez ben tous qu’i’ faut que j’l’assomme ! »
 
Et, solennel, tragique, il marche d’un pas lourd
Jusqu’à la pâle enfant... mais, pendant qu’il tempête,
Tendre, il lève et rabat le gourdin sur sa tête,
Bien doux, frôleusement, d’un geste plein d’amour.
 
« R’commenc’ras-tu ? fait-il, ou là, comme un’ vipère,
J’te coupe en deux ! j’t’écras’ la cervell’ sur ton drap ! »
          Elle gémit : « Jamais, grand-père ! »
 
Alors, le jeune frère égrillard qui ricane,
Glapit : « Oh ! q’si fait ben, grand-père, a r’commenc’ra
          Puisqu’elle est chaude comme un’ cane ! »
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 9 janvier 2019 à 14h21

Sainte Ambisirène
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La blonde ambisirène, on l’a déclarée sainte
Et patronne de Brest, par la grâce de Dieu.
Par tous ceux qui sur elle ont pu poser les yeux
Fut en mots amoureux sa présence dépeinte;

Je sais que des marins rêvent de son étreinte,
Ainsi que les patrons de certains mauvais lieux ;
Je sais qu’elle l’ignore, et vraiment, c’est tant mieux,
Sa quotidienne joie n’en sera pas éteinte.

Quel temple abritera la sainte que voilà ?
Peut-être seulement la nef de l’Au-delà
En laquelle parfois les pauvres morts espèrent.

Si sur elle un démon braque son regard lourd,
Elle ne peut savoir que c’est signe d’amour,
Son coeur ne brûle point, sinon pour Dieu le Père.

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