Rollinat

Les Névroses, 1883


La Joconde


 

À Gaston Béthune.


Le mystère infini de la beauté mauvaise
S’exhale en tapinois de ce portrait sorcier
Dont les yeux scrutateurs sont plus froids que l’acier,
Plus doux que le velours et plus chauds que la braise.
 
C’est le mal ténébreux, le mal que rien n’apaise ;
C’est le vampire humain savant et carnassier
Qui fascine les cœurs pour les supplicier
Et qui laisse un poison sur la bouche qu’il baise.
 
Cet infernal portrait m’a frappé de stupeur ;
Et depuis, à travers ma fièvre ou ma torpeur,
Je sens poindre au plus creux de ma pensée intime
 
Le sourire indécis de la femme-serpent :
Et toujours mon regard y flotte et s’y suspend
Comme un brouillard peureux au-dessus d’un abîme.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 12 août 2019 à 11h29

En brûlant une chandelle
------------------------

La flamme est dangereuse, elle n’est pas mauvaise,
La cire est ingénue, le feu n’est pas sorcier ;
Combien plus menaçants sont les couteaux d’acier
Ou bien la cheminée aux abondantes braises...

Chandelles devant moi, votre lueur m’apaise,
Que me resterait-il si vous me délaissiez ?
Jadis, je fus ermite, et vous me connaissiez,
Puisque vous éclairiez les pages de ma thèse.

La cire est sans secret, le feu n’est pas trompeur,
Lui qui jamais ne peut sombrer dans la torpeur ;
Dans votre doux éclat, la chambre est plus intime.

Sur le froid carrelage, un insecte rampant
S’avance vers la flamme, et puis, s’interrompant,
Retourne dans son meuble, obscur comme un abîme.

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