Rodenbach

La Jeunesse blanche, 1886


Fin du rêve


 
Au beau de notre amour elle s’est en allée
Comme une noce en blanc au lointain d’une allée,
 
Au beau de notre amour on a fermé le parc
Où nous marchions à deux sous les rameaux en arc.
 
L’absence tout à coup a desséché la vasque
Où montait notre espoir tel qu’un jet d’eau fantasque.
 
Elle s’en est allée au plus tendre moment
Comme un cortège part mélancoliquement.
 
Elle n’a pas marché, chaste et surnaturelle,
Sous les arcs triomphaux que je dressais pour elle,
 
sous les arcs triomphaux de lierre et de jasmins
que je dressais pour elle avec mes jeunes mains,
 
Que je dressais pour elle au seuil de ma jeunesse
Pour l’y voir s’avancer ainsi qu’une princesse,
 
Et pour l’y voir superbe, avec toute sa cour,
Recevoir les clés d’or de mon premier amour,
 
Et m’évoquer ainsi ces anciennes infantes
Qui venaient, au milieu des plantes triomphantes,
 
Dans leurs villes de Flandre en agréer les clés
Que des pages rêveurs aux cheveux long-bouclés
 
Leur présentaient sur des coussins de velours rouge,
Cependant qu’au lointain, sous le soleil qui bouge,
 
Les chants du carillon, tombant du Beffroi fier,
S’effeuillaient dans le vent comme des fleurs de fer !
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 12 avril 2013 à 10h34


Qui sait où s’est en allée
Cette absente ? En quelle allée ?

Demande aux statues du parc,
Au bambin avec son arc,

Aux sirènes de la vasque,
Au vieux centaure fantasque.

Ils écoutent un moment,
Puis, mélancoliquement,

De leur voix surnaturelle,
Ils veulent me parler d’elle,

De son goût pour le jasmin,
De la douceur de ses mains,

De sa fragile jeunesse,
De son regard de princesse,

De ceux qui lui font la cour
Par désir ou par amour,

De son sourire d’infante
Et de sa joie triomphante.

Mais nous n’avons pas la clé
Du parcours qu’elle a bouclé

Un soir, dans le couchant rouge
Au moment où rien ne bouge,

À l’instant où les coeurs fiers
Se détruisent par le fer.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Christian le 12 avril 2013 à 20h47

Beau bourimage, ’Chonfu’ ;)

Meilleur que l’original, qui n’est pas terrible il est vrai.

[Lien vers ce commentaire]

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