Rodenbach

La Jeunesse blanche, 1886


Collège ancien



Parmi le rose éclat du Soir pacifié
À la douceur duquel nul songeur ne résiste,
Je le revois souvent, mon grand collège triste
Dans un éloignement qui l’a sanctifié.
 
Ces temps qu’on croit lointains et qui sont encor proches,
Par le ressouvenir du cœur — je les revis
Ces jours pleins de vitraux et pleins de crucifix,
Ces jours tout résonnants d’encensoirs et de cloches.
 
Mais ma mère étant loin, j’en avais grand souci !
Je me disais toujours : « Que fait-elle à cette heure ?
Elle est à me chercher partout dans la demeure...
Elle est seule, elle est triste... » Et j’étais triste aussi.
 
Chaque matin surtout dans mon alcôve blanche
Quand je me réveillais parmi ces étrangers
Et que j’apercevais tous mes habits rangés
Lamentablement noirs sur une étroite planche.
 
Je me rappelle encor les classes, les devoirs
Et l’immobilité longue sur les pupitres,
Tandis que les oiseaux cognaient gaîment aux vitres
Qui dans le clair soleil suspendaient des miroirs.
 
Et le remuement frais de nos lèvres vermeilles
Épelant à voix haute ou disant la leçon
Épandait un murmure autour de la maison
Comme autour d’une ruche un ronflement d’abeilles.
 
Il s’y mêlait parfois l’écho plaintif d’un air
Qu’un vieil orgue traînait aux portes du village,
Et la cour nous semblait triste comme une plage
Qui garde dans ses plis la douleur de la mer !
 

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