Rodenbach

Le Miroir du ciel natal, 1898


              II


Ah ! cet exemple édifiant des cygnes
Sur les canaux qui sont vacants
De tous reflets de joie humaine !
(Toi, sois meilleur, en abdiquant)
Les cygnes se résignent...
Les cygnes n’ont lutté qu’à peine
Contre la brume qui se tisse,
Brouillard opaque, et sans nul interstice.
 
Beaux cygnes qu’un instant leur pur éclat atteste,
Ils ont voulu déchirer le brouillard
Avec leurs souples cous,
Instinctifs comme des gestes ;
Mais le brouillard les vainc et les fait doux
Comme les nénuphars.
 
Ô cygnes d’accord avec le décor,
Sauf leur bec un peu rose encor
Comme un œillet
Qui commence à s’effeuiller ;
Car le brouillard l’emporte ! Et tout se décolore ;
Les cygnes sont vaincus ;
C’est comme un archipel de ouates qui se fondent ;
Avec la brume ils se confondent ;
Ils sont déjà comme s’ils n’étaient plus,
Et presque à l’unisson de la toute-pâleur.
 
Les cygnes ont eu honte alors, dans tout ce blanc,
De leur bec rose encor, dernière fleur
Qui lentement se fane ;
Ils se sont jugés trop profanes
En ces blancheurs de cloître et de renoncement.
 
La nuit montait comme une église
Avec ses murs de brume blanche ;
Les nénuphars étaient de petites Sœurs grises
Dont la cornette s’endimanche...
 
Lors les cygnes dont le bec rose survivait
Un peu anormal, si pas sacrilège,
L’ont enfoui dans leur duvet,
Ô rose de Noël disparue en la neige...
Ainsi font les cygnes par délicatesse
Pour les nénuphars ;
Cependant que triomphe le brouillard
Et que la lune, au ciel, comme une lampe, baisse.
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Fоrt : Y аurа du bоn !

Fоrt : Lе Viеuх Μеndiаnt

Μоrаnd : Οdе à Μаrсеl Ρrоust

Τаilhаdе : Сhоrègе

Gоnzаguе-Friсk : Ιnсоmpétеnсе

☆ ☆ ☆ ☆

Régniеr : Εn fоrêt

Νоuvеаu : Τаrtаrin

Cоmmеntaires récеnts

De Liоnеl sur Sоnnеt bоuts-rimés (Gаutiеr)

De Сосhоnfuсius sur À prоpоs d’un « сеntеnаirе » dе Саldеrоn (Vеrlаinе)

De Сосhоnfuсius sur «J’аimе l’аubе аuх piеds nus...» (Sаmаin)

De Сосhоnfuсius sur Αu Саrdinаl Μаzаrin, sur lа Соmédiе dеs mасhinеs (Vоiturе)

De Sullу sur «Quаnd је pоuvаis mе plаindrе еn l’аmоurеuх tоurmеnt...» (Dеspоrtеs)

De Jаdis sur Sоnnеt : «Vеnt d’été, tu fаis lеs fеmmеs plus bеllеs...» (Сrоs)

De Jаdis sur Саusеriе (Βаudеlаirе)

De Βеаudеlаirе sur Βаudеlаirе

De Lе Gаrdiеn sur Virgilе (Βrizеuх)

De Jаdis sur Сrépusсulе (Соppéе)

De Rigаult sur Lеs Hirоndеllеs (Εsquirоs)

De Rigаult sur Αgénоr Αltаrосhе

De Jоël Gауrаud sur Αvе, dеа ; Μоriturus tе sаlutаt (Hugо)

De Huguеs Dеlоrmе sur Sоnnеt d’Αrt Vеrt (Gоudеzki)

De Un pоilu sur «Μоn âmе а sоn sесrеt, mа viе а sоn mуstèrе...» (Αrvеrs)

De Lе соmiquе sur Μаdrigаl tristе (Βаudеlаirе)

De Сhаntесlеr sur «Sur mеs vingt аns, pur d’оffеnsе еt dе viсе...» (Rоnsаrd)

De Gеоrgеs sur À lа mémоirе dе Zulmа (Соrbièrе)

De Guillеmеttе. sur «Lе bеаu Ρrintеmps n’а pоint tаnt dе fеuillаgеs vеrts...» (Lа Сеppèdе)

De Guillаumе sur Αbаndоnnéе (Lоrrаin)

De Lа Μusérаntе sur Hоmmаgе : «Lе silеnсе déјà funèbrе d’unе mоirе...» (Μаllаrmé)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе