Rimbaud

Une saison en enfer, 1873


Matin

N’eus-je pas une fois une jeunesse aimable, héroïque, fabuleuse, à écrire sur des feuilles d’or, — trop de chance ! Par quel crime, par quelle erreur, ai-je mérité ma faiblesse actuelle ? Vous qui prétendez que des bêtes poussent des sanglots de chagrin, que des malades désespèrent, que des morts rêvent mal, tâchez de raconter ma chute et mon sommeil. Moi, je ne puis pas plus m’expliquer que le mendiant avec ses continuels Pater et Ave Maria. Je ne sais plus parler !

Pourtant, aujourd’hui, je crois avoir fini la relation de mon enfer. C’était bien l’enfer ; l’ancien, celui dont le fils de l’homme ouvrit les portes.

Du même désert, à la même nuit, toujours mes yeux las se réveillent à l’étoile d’argent, toujours, sans que s’émeuvent les Rois de la vie, les trois mages, le cœur, l’âme, l’esprit. Quand irons-nous, par delà les grèves et les monts, saluer la naissance du travail nouveau, la sagesse nouvelle, la fuite des tyrans et des démons, la fin de la superstition, adorer — les premiers ! — Noël sur la terre !

Le chant des cieux, la marche des peuples ! Esclaves, ne maudissons pas la vie.


Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 11 juillet 2015 à 11h20

Arthur d’azur
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La plume de Rimbaud écrit sur le ciel d’or,
Tout un monde d’argent est ému par sa lyre ;
Ensuite, il fait semblant de ne savoir que dire,
Mais, moi qui le connais, je sais qu’il est très fort.

Il sait nous présenter les sanglots du chagrin,
La froideur du soleil, la noirceur des étoiles,
La mort, le désespoir, la vérité sans voiles,
Le ciel qui peut, le soir, redevenir serein.

Cette plume appelant le renouveau sur terre,
Cette plume éveillant le coeur, l’âme et l’esprit,
Combien, en la suivant, n’avons-nous pas appris :
Nous te disons merci, rhapsode solitaire.

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