Henri de Régnier


Ode marine


 
J’entends la mer
Murmurer au loin, quand le vent
Entre les pins, souvent,
Porte son bruit rauque et amer
Qui s’assourdit, roucoule ou siffle, à travers
Les pins rouges sur le ciel clair...
 
Parfois
Sa sinueuse, sa souple voix
Semble ramper à l’oreille, puis recule
Plus basse au fond du crépuscule
Et puis se tait pendant des jours
Comme endormie
Avec le vent
Et je l’oublie...
Mais un matin elle reprend
Avec la houle et la marée,
Plus haute, plus désespérée,
Et je l’entends.
 
C’est un bruit d’eau qui souffre et gronde et se lamente
Derrière les arbres sans qu’on la voie.
Calmée ou écumante
Selon que le couchant saigne ou rougeoie,
Se meurt ardent ou s’éteint tiède...
 
Sans ce grand murmure qui croît ou cesse
Et roule ou berce
Mes heures, chacune, et mes pensées,
Sans lui, cette terre crue
Et crevassée
Que çà et là renfle et bossue
Un tertre jaune où poussent roses
De rares fleurs chétives qui penchent,
Sans lui, ce lieu âpre et morose
D’où je ne vois qu’un horizon pauvre
De solitude et de silence
Serait trop triste à ma pensée.
 
Car je suis seul, vois-tu. Toute la Vie
M’appelle à son passé encor qui rit et crie
Par mille bouches éloquentes
Derrière moi, là-bas, les mains tendues,
Debout et nue ;
Et moi, couché
Sur la terre durcie à mes ongles en sang,
Je n’ai pour y sculpter mon rêve frémissant
Et le rendre éternel en sa forme fragile
Qu’un peu d’argile,
Rien d’autre
Pour façonner mes médailles mélodieuses
Où je sais dans la glaise ocreuse
Faire, visage d’ombre ou profil de clarté,
Sourire la Douleur et pleurer la Beauté...
 
Mais dans mon âme au loin l’amour gronde ou roucoule
Comme la mer, là-bas, derrière les pins rouges.
 

Les Médailles d’argile

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