Pierre Quillard

La Lyre héroïque et dolente, 1897


Chambre d’amour


 
La nuit tiède est clémente à la ville qui dort ;
Des lys impérieux triomphent dans la chambre
Et cependant nos cœurs sont froids comme Décembre
Et nos baisers d’amour amers comme la mort.
 
Ta douce bouche s’ouvre à des chansons mièvres
Et tes seins bienveillants accueillent mon front las ;
Mais, ô ma douloureuse enfant, je ne sais pas
Pourquoi les dieux mauvais empoisonnent nos lèvres.
 
Qu’importe ? viens vers moi, triste sœur ; aimons-nous,
Sans craindre la saveur glorieuse des larmes,
Tels des héros blessés avec leurs propres armes
Et dont le glaive d’or a rompu les genoux.
 
Viens ! nous aurons l’orgueil des âmes taciturnes
En cette chambre morne et veuve de flambeaux,
Où, semblable à l’odeur des antiques tombeaux,
Un parfum sépulcral monte des lys nocturnes.
 

Commentaire(s)
Déposé par Cochonfucius le 1er juillet 2015 à 13h40

Rêveur de mondes
-------------------------

Dans le sable des nuits rêvait le Bouddha d’or.
Il voyait un coq d’or, un démon pris dans l’ambre,
Un séraphin d’avril, une nef de novembre,
Un vieux dragon d’argent parlant un jargon mort.

Au-devant d’une auberge, un cheval taciturne
Buvait un alcool fort, aux lueurs des flambeaux ;
Le roi des animaux, couché près d’un tombeau,
Écoutait la chanson d’un grand iris nocturne.

Le bouddha d’or songeait, dans le sable des nuits ;
De ce songe divin furent éclos neuf mondes
Et leurs neuf firmaments s’étendant sur les ondes.
Quand il s’est éveillé, tout ce beau monde a fui.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 8 mai 2018 à 13h09

Trois couronnes d’azur
----------------------

L’azur qui les recouvre est plus précieux que l’or,
Que les perles aussi, que le saphir ou l’ambre ;
Un magicien le fit, une nuit de novembre,
D’après une recette écrite en jargon mort.

Il ne prit nul argent après un tel effort,
Mais but un peu d’alcool en ma petite chambre,
Même, il a grignoté des sablés au gingembre
Et du poisson séché, venu des mers du Nord.

Il garda le secret de cet azur qui luit
À la clarté du jour, et même dans la nuit,
De ce bleu révélé par le Seigneur des Mondes.

Que fait-il à présent ? Il crée des univers,
Des planètes dansant autour d’un soleil vert
Et leurs clairs firmaments s’étendant sur les ondes.

[Lien vers ce commentaire]

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