Philothée O’Neddy

Feu et Flamme, 1833


Rodomontade


   
... Au pays des sylphides
Je crois, hélas, m’élancer avec toi ;
Et, sous le vent de tes ailes rapides,
D’un monde impur je dédaigne la loi.
Roman inédit.


 

Il était appuyé contre l’arche massive
De ce vieux pont romain, dont la base lascive
        S’use aux attouchements des flots :
L’astre des nuits lustrait son visage Dantesque,
Et le Nord dérangeait son manteau gigantesque
        Avec de sauvages sanglots.
 
À voir son crâne ardu, sa fauve chevelure,
De son cou léonin la musculeuse allure,
        Ses yeux caves, durs, éloquents,
Ses traits illuminés d’orgueil et d’ironie,
On l’eût pris volontiers pour le rude génie
        Des tempêtes et des volcans.
 
Il disait : Oh ! pourquoi le culte de ma mère
N’est-il que jonglerie, imposture, chimère !
        Pourquoi n’a-t-il jamais été
Ce Jésus, clef de voûte et fanal de notre âge !
Pourquoi son Évangile est-il à chaque page
        Contempteur de la vérité !
 
Si, dans le firmament, des signes, des symboles,
Amenaient ma superbe à croire aux paraboles
        Du charpentier de Nazareth ;
Si pour me révéler à moi, débile atome,
Que le grand Jéhovah n’est pas un vain fantôme,
        Un archange ici se montrait ;
 
Ne croyez pas qu’alors, pénitent débonnaire,
Dans une église, aux pieds d’un prêtre octogénaire,
        J’advolerais tout éperdu !
Ni qu’en un beau transport, affublé d’un cilice,
J’irai de saint Bruno renforcer la milice,
        Dos en arcade et chef tondu !
 
Non, non. Je creuserais les sciences occultes :
Je m’en irais, la nuit, par des sites incultes ;
        Et là, me raillant du Seigneur,
Je tourbillonnerais dans la magie infâme,
J’évoquerais le Diable...... et je vendrais mon âme
        Pour quelques mille ans de bonheur !
 
Pour arsenal j’aurais l’élémentaire empire :
Le gobelin, le djinn, le dragon, le vampire,
        Viendraient tous me saluer roi.
Je prendrais à l’Enfer ses plus riches phosphores,
Et, métamorphosant mes yeux en météores,
        Partout je darderais l’effroi.
 
J’enlèverais alors la belle châtelaine
Que, dans un château fort, centre de son domaine,
        Retient l’ire d’un vil jaloux,
Depuis l’heure damnée où, dans la salle basse,
Plus tôt que de coutume arrivant de la chasse,
        Il me surprit à ses genoux.
 
Aux mers de l’Orient, dans une île embaumée,
Mes sylphes porteraient ma pâle bien-aimée,
        Et lui bâtiraient un séjour
Bien plus miraculeux, bien autrement splendide
Que celui qu’habitaient, dans la molle Atlantide,
        Le roi de féerie et sa cour.
 
Amour, enthousiasme, étude, poésie !
C’est là qu’en votre extase, océan d’ambroisie,
        Se noieraient nos âmes de feu !
C’est là que je saurais, fort d’un génie étrange,
Dans la création d’un bonheur sans mélange,
        Être plus artiste que Dieu !!!...
 
 

1830

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