Anna de Noailles

L’ombre des jours, 1902


Voyages


 
Un train siffle et s’en va, bousculant l’air, les routes,
L’espace, la nuit bleue et l’odeur des chemins ;
Alors, ivre, hagard, il tombera demain
Au cœur d’un beau pays en sifflant sous les voûtes.
 
Ah ! la claire arrivée au lever du matin !
Les gares, leur odeur de soleil et d’orange,
Tout ce qui, sur les quais, s’emmêle et se dérange,
Ce merveilleux effort d’instable et de lointain !
 
— Voir le bel univers, goûter l’Espagne ocreuse,
Son tintement, sa rage et sa dévotion ;
Voir, riche de lumière et d’adoration,
Byzance consolée, inerte et bienheureuse.
 
Voir la Grèce debout au bleu de l’air salin,
Le Japon en vernis et la Perse en faïence,
L’Égypte au front bandé d’orgueil et de science,
Tunis, ronde, et flambant d’un blanc de kaolin.
 
Voir la Chine buvant aux belles porcelaines.
L’Inde jaune, accroupie et fumant ses poisons,
La Suède d’argent avec ses deux saisons,
Le Maroc, en arceaux, sa mosquée et ses laines...
 
Voir la Hollande avec ses cuivres et ses pains,
Son odeur de poisson, de jacinthe et de hêtre,
Voir des maisons, ce qui se révèle aux fenêtres
D’humains secrets errant derrière les murs peints.
 
Voir la sombre Allemagne et ses contes de fée,
Ses fleuves, ses géants, ses nains et ses trésors,
Et l’Italie avec ses marbres et ses ors
Qui de gloire et d’amour tient sa pourpre agrafée ;
 
Et puis, comme au rosaire, où chaque grain divin
Amène quelque joie ou quelques indulgences,
Vénérer chaque jour, ô mes villes de France !
Vos places, vos beffrois, vos mails et votre vin.
 
Villes pleines d’amour où l’église et l’école
Cerclent d’un haut regard le pavé large et dur ;
Où les roses d’été, passant dessus le mur,
Font sentir aux chemins la saison bénévole ;
 
Ô ville du raisin, de l’olive ou du blé,
Ville du forgeron d’où jaillit l’étincelle,
Ville de nonchalance où pendent aux ficelles
Les fruits secs, de piqûre et de soleil criblés,
 
Ville de la cerise, ou ville de la pomme,
Ville des laboureurs ou bien des tisserands,
Ville où le coq, la cloche et l’antique cadran,
Marquent le temps des jeux, du travail et du somme ;
 
Villes vierges aussi, et qui joignent les mains,
Près de leur cathédrale abrupte, âpre, efficace,
Et souhaitent, au clair de lune des rosaces,
Les mystiques rigueurs du moyen âge humain.
 
Bourgs serrés, hameaux clairs, petite citadelle
Grimpant au flanc des monts, assaillant les coteaux,
Paysage, vivant aux veines bleues des eaux,
Ville au Midi, avec ses jardins auprès d’elle,
 
Je porte tout cela dans mon cœur élancé,
Aujourd’hui où, debout sur la colline verte,
J’écoute haleter vers les routes ouvertes
Le beau train violent, si rude et si pressé.
 
Il siffle, quel appel, vers quelle heureuse Asie !
Ah ! ce sifflet strident, crieur des beaux départs !
Moi aussi, m’en aller vers d’autres quelque part,
Ô maître de l’ardente et sourde frénésie !
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Hugо : À Viаndеn

Rоdеnbасh : «Lе brоuillаrd indоlеnt dе l’аutоmnе еst épаrs.....»

Sаint-Ρоl-Rоuх : L’Éсhо dе lа саvеrnе

Vеrhаеrеn : Lе Vеnt

Hеrеdiа : Épigrаmmе funérаirе

Vеrlаinе : «Lе sоlеil du mаtin dоuсеmеnt сhаuffе еt dоrе...»

Hugо : «Τоus lеs bаs âgеs sоnt épаrs...»

Саrсо : Ρlаintе

Μоréаs : «Jе sоngе à се villаgе аssis аu bоrd dеs bоis...»

Viviеn : Сhаir dеs сhоsеs

☆ ☆ ☆ ☆

Rоdеnbасh : «Lе brоuillаrd indоlеnt dе l’аutоmnе еst épаrs.....»

Lаfоrguе : Lеs Αmоurеuх

Rоnsаrd : «Dеdаns lеs flоts d’Αmоur је n’аi pоint dе suppоrt...»

Νоаillеs : Lа Сité nаtаlе

Sаintе-Βеuvе : «Dаns l’îlе Sаint-Lоuis, lе lоng d’un quаi désеrt...»

Соppéе : Lа Fаmillе du mеnuisiеr

Riсhеpin : Dаb

Klingsоr : Lе Ρоmmiеr tоrdu

Соppéе : Ρériоdе élесtоrаlе

Οrléаns : «Ρlus pеnsеr quе dirе...»

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur «Vоus qui аuх bоis, аuх flеuvеs, аuх саmpаignеs...» (Du Βеllау)

De Сосhоnfuсius sur «Lе rоу s’еn еst аllé...» (Sсаrrоn)

De Jаdis sur «Lа plus bеllе dеs trоis sеrа...» (Μаrоt)

De Сосhоnfuсius sur «Lе mаl еst grаnd, lе rеmèdе еst si brеf...» (Rоnsаrd)

De Jоhаnn sur L’Éсhо dе lа саvеrnе (Sаint-Ρоl-Rоuх)

De Jаdis sur Lа Rоnсе еt lе sеrpеnt (Rоllinаt)

De Jаdis sur Villаnеllе du vеr dе tеrrе (Rоllinаt)

De Égо Viсtоr sur «Lаissе dе Ρhаrаоn lа tеrrе Égуptiеnnе...» (Rоnsаrd)

De Сurаrе- sur «Νоus nе fаisоns lа соur аuх fillеs dе Μémоirе...» (Du Βеllау)

De Μаriаnnе sur «Jе sоngе à се villаgе аssis аu bоrd dеs bоis...» (Μоréаs)

De Ιо Kаnааn sur Ρériоdе élесtоrаlе (Соppéе)

De Τhundеrbird sur «Dе vоir mignоn du Rоi un соurtisаn hоnnêtе...» (Du Βеllау)

De Ιо Kаnааn sur Αrums dе Ρаlеstinе (Viviеn)

De Сurаrе- sur «Ô fоrmе quе lеs mаins...» (Viviеn)

De Сurаrе- sur Épitаphе (Νоuvеаu)

De Сurаrе- sur Μаzurkа (Νеlligаn)

De Сhristiаn sur «Се Μоndе, соmmе оn dit, еst unе саgе à fоus...» (Fiеfmеlin)

De Τhundеrbird sur Sur l’аrс-еn-сiеl (Drеlinсоurt)

De Τhundеrbird sur L’Αngе pâlе (Rоllinаt)

De Αdа еn Hérаldiе sur «Hélаs ! mеs tristеs уеuх sоnt сhаngés еn fоntаinеs...» (Βirаguе)

De Сhristiаn sur Αu lесtеur (Μurgеr)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе