Nerval


Delfica


 
La connais-tu, Dafné, cette ancienne romance,
Au pied du sycomore, ou sous les lauriers blancs,
Sous l’olivier, le myrte, ou les saules tremblants,
Cette chanson d’amour qui toujours recommence ?...
 
Reconnais-tu le Temple au péristyle immense,
Et les citrons amers où s’imprimaient tes dents,
Et la grotte, fatale aux hôtes imprudents,
Où du dragon vaincu dort l’antique semence ?...
 
Ils reviendront, ces Dieux que tu pleures toujours !
Le temps va ramener l’ordre des anciens jours ;
La terre a tressailli d’un souffle prophétique...
 
Cependant la sibylle au visage latin
Est endormie encor sous l’arc de Constantin
— Et rien n’a dérangé le sévère portique.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 26 août 2014 à 11h15

Vieux récit
--------------

Le dit du charpentier n’est point une romance
Qu’on se réciterait en buvant du vin blanc ;
C’est un sombre récit qu’on évoque en tremblant,
Et qui ne finit point aussi bien qu’il commence.

Un prophète perdu sur cette Terre immense,
Exposé dès l’abord aux sarcasmes mordants :
Il insista, disant bienheureux les perdants,
Et que lève le blé quand se meurt la semence.

Un peuple se nourrit de ses fables, toujours,
Et des imprécations du dernier de ses jours,
Quand un larron douta de ses dons prophétiques ;

J’en appris autrefois, dans un livre, en latin,
(D’autres vont préférer le grec de Constantin),
Et je me les récite, au soir, sous les portiques.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 8 août 2017 à 12h05

Oiseau blanc
-----------

C’est un oiseau de rêve, un oiseau de romance,
Le soleil se reflète en son plumage blanc ;
Il aime contempler son beau reflet tremblant
Dans un grand  lac d’azur, lorsque le jour commence.

Il n’est jamais perdu sur cette Terre immense,
Il ne craint point l’assaut des carnassiers mordants;
Le long de son parcours, jamais ne se perdant,
Il visite les lieux dont il a souvenance.

Ses enfants sont nourris des meilleurs fruits, toujours,
Des pommes du jardin qu’il cueille au long du jour,
Sans prêter attention au serpent prophétique.

Puis on l’entend chanter sa prière en latin,
(Mais il ne croit en rien, cet oiseau plaisantin) ;
Les gens, pour l’écouter, s’assoient sous les portiques.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Jadis le 24 février 2020 à 16h09

Drôle de cas
-----------------

Frénétique, il rythmait sa piètre performance
D’aigres coups frappés sur une boîte en fer-blanc ;
Et son accoutrement le rendait ressemblant
A un féroce et noir sorcier de Casamance.

Il s’exprimait avec beaucoup de véhémence
Et braillait des propos flous et outrecuidants.
Mais ses gestes confus, ses hurlements stridents,
Relevaient clairement         de la simple démence.

L’ayant un peu scruté, et même à contre-jour,
Je décidai bientôt qu’il sortait d’un séjour
En quelque infréquentable hôpital psychiatrique.

Quand cet énergumène effronté me soutint
Qu’il était l’envoyé du grand Saint Augustin,
Je le congédiai d’un brusque coup de trique.

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