Émile Nelligan


Le Violon brisé


 
Aux soupirs de l’archet béni,
Il s’est brisé, plein de tristesse,
Le soir que vous jouiez, comtesse,
Un thème de Paganini.
 
Comme tout choit avec prestesse !
J’avais un amour infini,
Ce soir que vous jouiez, comtesse,
Un thème de Paganini.
 
L’instrument dort sous l’étroitesse
De son étui de bois verni,
Depuis le soir où, blonde hôtesse,
Vous jouâtes Paganini.
 
Mon cœur repose avec tristesse
Au trou de notre amour fini.
Il s’est brisé le soir, comtesse,
Que vous jouiez Paganini.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 22 avril 2013 à 12h54


Il jouait avec l’infini,
Il transcendait la petitesse,
Il ne draguait point les comtesses,
Le poète Pasolini.

Il écrivait avec justesse,
Sans le moindre embrouillamini,
Des vers pleins de délicatesse,
Des vers du grand Pasolini.

Et dans sa robuste sveltesse,
Par l’âge il semblait rajeuni
Et désirable à mainte hôtesse,
Le beau garçon Pasolini.

Mais moi, je suis dans la tristesse,
Voyant comme il a mal fini.
Pourquoi tant de scélératesse
Contre le doux Pasolini ?

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Déposé par Jadis le 14 décembre 2024 à 23h01


Céladon dégrisé
---------------------

Les pas des amants désunis
S’effacent, voilés de tristesse ;
Elle était un peu poétesse
Et moi, je l’aimais bien, Nini.

Avec grande délicatesse
Elle picorait ses blinis ;
Malgré ses airs de prophétesse,
Elle restait, au fond, Nini.

Candide, et sans scélératesse,
Elle épiait en catimini ;
Elle m’appelait Votre Altesse,
Et moi, je l’appelais Nini.

Elle est partie, hélas, était-ce
À Tomsk, à Novgorod Nijni ?
Avec les plans et en vitesse,
Et do svidaniia, Nini.

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