Gustave Nadaud


L’Épingle sur la manche


 
Le roi se déshabillait
Avec Éloi, son valet.
En tirant la manche auguste,
Éloi se piqua. « C’est juste,
        S’écria le roi ;
        C’est ma faute, Éloi,
Car j’ai mis hier, dimanche,
        Je ne sais pourquoi,
Une épingle sur ma manche.
 
— Sire, Votre Majesté
A sans doute ainsi noté,
Pour en garder la mémoire,
Quelque projet méritoire ?
        — Oui, sans doute, Éloi,
        Répondit le roi,
À te croire, ami, je penche ;
        Mais pourquoi, pourquoi
Cette épingle sur ma manche ?
 
— Sire, Votre Majesté
Avait-elle médité
De renvoyer comme un cuistre
Son premier et seul ministre ?
        — Non, mon bon Éloi,
        Répondit le roi,
Laissons l’oiseau sur la branche ;
        Mais pourquoi, pourquoi
Cette épingle sur ma manche ?
 
— Sire, Votre Majesté
Aurait-elle décrété
De doubler mes honoraires
Aux dépens de mes confrères ?
        — Non, mon pauvre Éloi,
        Répondit le roi,
Ta demande est assez franche ;
        Mais pourquoi, pourquoi
Cette épingle sur ma manche ?
 
— Sire, Votre Majesté
Veut-elle faire un traité
Avec le roi de Navarre ?
La guerre est un jeu barbare.
        — Non, mon sage Éloi,
        Répondit le roi,
J’ai besoin d’une revanche ;
        Mais pourquoi, pourquoi
Cette épingle sur ma manche ?
 
— Sire, Votre Majesté
Aurait-elle contracté
Quelque emprunt ou quelque dette
Dont le paiement l’inquiète ?
        — Non, prudent Éloi,
        Répondit le roi,
Ce qu’on doit, on le retranche ;
        Mais pourquoi, pourquoi
Cette épingle sur ma manche ?
 
— Sire, Votre Majesté
Songeait-elle à sa santé ?
Elle aurait besoin peut-être
D’un médecin ou d’un prêtre ?
 
        — Non, mon brave Éloi,
        Répondit le roi,
Je suis ferme sur la hanche ;
        Mais pourquoi, pourquoi
Cette épingle sur ma manche ?
 
— Alors, Votre Majesté
Songeait à l’hérédité
De son trône de Castille ?
Elle n’a ni fils ni fille.
        — Oui, mon cher Éloi,
        S’écria le roi,
Va chercher la reine Blanche ! »
        Et voilà pourquoi
L’épingle était sur sa manche.
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Βаïf : Ρsаumе СXXΙ

☆ ☆ ☆ ☆

Сlаudеl : Ρеnséе еn mеr

Μаllаrmé : Βrisе mаrinе

Βаïf : Ρsаumе СXXΙ

Sullу Ρrudhоmmе : Lа Сhаnsоn dе l’аir

Cоmmеntaires récеnts

De Lа Μusérаntе sur Αu Саrdinаl Μаzаrin, sur lа Соmédiе dеs mасhinеs (Vоiturе)

De Vinсеnt sur Lа Ρrеmièrе Νuit (Lаfоrguе)

De Сurаrе- sur Lе Μаrtin-pêсhеur (Rеnаrd)

De Сurаrе- sur Sоnnеt sur dеs mоts qui n’оnt pоint dе rimе (Sаint-Αmаnt)

De Liоnеl sur Sоnnеt bоuts-rimés (Gаutiеr)

De Сосhоnfuсius sur À prоpоs d’un « сеntеnаirе » dе Саldеrоn (Vеrlаinе)

De Сосhоnfuсius sur «J’аimе l’аubе аuх piеds nus...» (Sаmаin)

De Сосhоnfuсius sur «Quеl hеur, Αnсhisе, à tоi, quаnd Vénus sur lеs bоrds...» (Jоdеllе)

De Sullу sur «Quаnd је pоuvаis mе plаindrе еn l’аmоurеuх tоurmеnt...» (Dеspоrtеs)

De Jаdis sur Sоnnеt : «Vеnt d’été, tu fаis lеs fеmmеs plus bеllеs...» (Сrоs)

De Jаdis sur Саusеriе (Βаudеlаirе)

De Βеаudеlаirе sur Βаudеlаirе

De Lе Gаrdiеn sur Virgilе (Βrizеuх)

De Jаdis sur Сrépusсulе (Соppéе)

De Rigаult sur Lеs Hirоndеllеs (Εsquirоs)

De Rigаult sur Αgénоr Αltаrосhе

De Jоël Gауrаud sur Αvе, dеа ; Μоriturus tе sаlutаt (Hugо)

De Huguеs Dеlоrmе sur Sоnnеt d’Αrt Vеrt (Gоudеzki)

De Un pоilu sur «Μоn âmе а sоn sесrеt, mа viе а sоn mуstèrе...» (Αrvеrs)

De Lе соmiquе sur Μаdrigаl tristе (Βаudеlаirе)

De Сhаntесlеr sur «Sur mеs vingt аns, pur d’оffеnsе еt dе viсе...» (Rоnsаrd)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе

 



Photo d'après : Hans Stieglitz