Paul Morand

Lampes à arc, 1922


Le Chant de Charing-Cross


 
Angleterre,
joyau de houille serti de craie,
couvert d’herbe, coupé de haies,
de fleuves lents que meut le pouls de la marée aux estuaires en forme de conque,
versant ton labeur manufacturé à la mer,
de ruisseaux difficiles où sautent les saumons,
villes visitées des mouettes stridentes, éparses
comme les lettres jetées au vent,
patrie du fer exact et de l’acier cultivé et des métiers à tisser,
pays des fumées grasses, charbons mouillés d’embruns, mâchefers, scories,
perspectives de briques livides,
inutiles jardins succombant sous les taxes,
dimanches pluvieux que dore la Genèse,
nuits sans étoiles dont les noires moissons tombent sous la faux des phares,
nous connaissions tout cela ;
nous nous contentions de ton son mat,
nous mangions dans les grands journaux comme à des mangeoires remplies de faits,
nous savions que ton amitié nous donnerait la mer,
vivant tissu que trament les hélices,
les banknotes de soie,
les forts flottants,
les câbles dociles, sensibles, oxydés,
enfin la victoire au goût de sel
que tes hommes portent sur leur visage au menton certain,
mais nous ignorions ton armée tirée de ta chair de marins,
les soldats nouveaux qui ont le mouvement des vagues :
les bois des fusils sont roses,
les harnais clairs n’ont pas servi
et dans le jardin public
les vétérans d’Afghanistan expliquent le canon.
La mêlée sera magnifique :
Déjà les Maoris cuisent le maïs à l’ombres des Pyramides,
les Hindous libèrent d’une nuit d’affût dans la Flandre blonde
les Canadiens chasseurs d’ours
et les binious calédoniens réveillent les guerriers de Troie.
Viennent les grands accords de l’artillerie lourde,
chante l’obus harmonieux,
vous ne connaitrez pas mieux,
ô mourants qui pressez vos gourdes.
Tombez contents :
voici venir le grand moment,
et c’est un poème de sang
que chante le vent sur les lyres de fer barbelé :
 
Orgues des moteurs,
dites un Requiem ardent
pour ces trépas de commerçants.
 

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