Éphraïm Mikhaël


L’Étrangère



En son manteau d’argent tissé par les prêtresses,
La vierge s’en allait vers les jeunes cités,
Et la nuit l’effleurait de mystiques caresses,
Et le vent lui parlait de longues voluptés.
 
Or, c’était en un siècle où les rois faisaient taire
Les joueurs de syrinx épars dans le printemps ;
Les sages enseignaient aux peuples de la terre
L’horreur des jeunes dieux et des lys éclatants.
 
Mais tandis que là-bas se levait sur les villes
La mauvaise lueur des temples embrasés,
La vierge allait cherchant, parmi les races viles,
Le fabuleux amant digne de ses baisers.
 
Elle apparut un soir, blanche et mystérieuse,
Dans le mois où la faux couche les blés épais ;
Et de très loin, vers la foule laborieuse,
Tendit ses douces mains comme des fleurs de paix.
 
Elle gardait dans ses cheveux et dans ses voiles
Un long parfum de gloire et de divinité,
Et, pour avoir dormi sous de saintes étoiles,
Son corps entier était pénétré de clarté.
 
Elle vient et déjà de merveilleux murmures
Ont réveillé comme autrefois les bois ombreux :
Appels de chèvrepieds gorgés de grappes mûres,
Près des nymphes riant dans les fleuves heureux.
 
Des voix ont dit des noms oubliés de guerrières,
D’ineffables syrinx soupirent dans les airs,
Le vent porte des bruits antiques de prières,
Une ombre olympienne emplit les cieux déserts.
 
Et la vierge, attendant de glorieux éphèbes,
S’offre splendide et nue aux baisers triomphaux.
Alors les chefs et les vieillards gardiens des glèbes
La repoussent avec des bâtons et des faux.
 
« Va-t’en ! Nous avons peur de tes yeux pleins d’aurore,
Tu nous ramènerais les vieux songes pervers.
Par toi nous rêverions et nous verrions encore
Des ténèbres d’amour obscurcir l’univers. »
 
Et les femmes quittant les prés et la fontaine,
Laissant les clairs fuseaux et les vases de miel,
Poursuivent en hurlant l’étrangère hautaine
Qui souille le pays d’une senteur de ciel.
 
Des clameurs de combat sonnent dans les vallées,
Les bois sont secoués de tragiques frissons,
Et, comme aux rouges soirs des anciennes mêlées,
Les filles aux bras forts courent dans les moissons.
 
Victoire ! Maintenant une prostituée
Qui regarde le ciel avec des yeux méchants
Traîne le corps sacré de la vierge tuée ;
Le sang surnaturel trouble les lys des champs.
 
La nuit descend ; les cieux fleuris d’étoiles claires
Resplendissent comme un jardin prodigieux.
Les filles au cœur froid ont senti leurs colères
Grandir sous le baiser du soir religieux.
 
Leur fureur se ravive à l’odeur des fleurs douces,
À la bonne rameur de la plaine et des flots.
Farouches, dénouant leurs chevelures rousses,
Elles poussent du pied l’étrangère aux yeux clos.
 
Joyeuses d’insulter des neiges lumineuses,
Elles mordent sa gorge avec férocité ;
On voit briller au fond des prunelles haineuses
L’orgueil mystérieux de souiller la beauté.
 
Et toutes, emplissant de sables et d’ordures
La bouche qui savait les mots mélodieux,
Sur la divine morte avec leurs mains impures
Se vengent de l’amour, des rêves et des dieux.
 

Août 1888.

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