François Mauriac

L’Adieu à l’adolescence, 1911


Les beaux soirs alanguis...


 
Les beaux soirs alanguis de rose et de tilleul,
Les beaux soirs d’autrefois qui m’ont vu pleurer seul,
Les soirs amers et que dépeuplait votre absence,
Vont nous envelopper dans le même silence,
Nous prosterner devant les plaines infinies,
Et refléter leur ciel dans nos âmes unies...
 
Sur la terrasse où frissonnent les capillaires,
Le vent viendra mourir dans votre robe claire.
Lui qui sécha mes pleurs d’écolier solitaire...
 
Les doux géants blessés qui sur mes jeux d’enfant,
Balançaient, en pleurant à l’infini, leurs cimes,
Les grands pins se diront : « c’est l’enfant que nous vîmes
Un jour, lire en secret les livres qu’on défend...
Ah ! Que la nuit de mai était douce à sa bouche... »
Témoins des jours en feu et bourdonnants de mouches,
Ils revoient cet enfant orgueilleux de souffrir
Dans les herbages parfumés où il se couche,
Et qui ne savait pas que vous deviez venir...
 
Quand le tocsin sonnait, de village en village
Le vent nous apportait l’odeur des pins brûlés...
— Cris de terreur, chevaux hâtivement sellés — 
Mais lui restait l’enfant indifférent et sage.
Rien ne l’intéressait, que l’ardente lecture
Et les vers de Musset qui le faisaient pleurer...
Le soir s’alanguissait — paisible et désiré — 
Et les hommes disaient : « la lutte a été dure
Nous avons allumé, deux fois, le contre-feu... »
 
L’enfant cherchait au ciel les premières planètes.
Les appels et les voix s’éteignaient peu à peu...
Les cloches résonnaient pour une grande fête.
Mais plus douces — après le tocsin haletant...
Parfois un résinier le saluait : « le temps
Est plus frais... il a plu dans quelque endroit sans doute... — 
Écoutez, n’est-ce pas l’orage que j’entends ?
— Non, c’est une charrette au lointain de la route... »
 
Du sable, un parfum chaud montait à son visage.
Alors l’enfant songeait : « c’est en moi qu’est l’orage... »
Et découvrait soudain l’orgueil de trop souffrir.
 
Mais il ne savait pas que vous deviez venir...
 
 

©  

Commentaire (s)
Déposé par Gianni le 19 octobre 2014 à 16h09

Ce n’est pas le chef-d’oeuvre de Mauriac ! A part le tiercet refrain, c’est d’un cucu achevé... je sais, ce poème je l’ai appliqué à 17 ans, l’âge con et amoureux !

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