Clément Marot


Églogue au Roi sous les noms de Pan et Robin


 
Sur le printemps de ma jeunesse folle,
Je ressemblais l’arondelle, qui vole
Puis çà, puis là ; l’âge me conduisait
Sans peur ni soin, où le cœur me disait.
En la forêt (sans la crainte des loups)
Je m’en allais souvent cueillir le houx,
Pour faire glus à prendre oiseaux ramages,
Tous différents de chants et de plumages ;
Ou me saoulais (pour les prendre) entremettre
À faire brics ou cages pour les mettre.
Ou transnouais les rivières profondes,
Ou renforçais sur le genou les frondes,
Puis d’en tirer droit et long j’apprenais
Pour chasser loups et abattre des noix.
 
Ô quanques fois aux arbres grimper j’ai,
Pour dénicher ou la pie ou le geai,
Ou pour jeter des fruits jà murs et beaux
À mes copains, qui tendaient leurs chapeaux !
Aucunes fois aux montagnes allais,
Aucunes fois aux fossés dévalais,
Pour trouver là les gîtes des fouines,
Des hérissons ou des blanches hermines ;
Ou pas à pas, le long des buissonnets,
Allais cherchant les nids des chardonnets,
Ou des serins, des pinsons ou linottes.
 
Déjà pourtant je faisais quelques notes
De chant rustique, et dessous les ormeaux
Quasi enfant, sonnais des chalumeaux.
Si ne saurais bien dire ni penser
Qui m’enseigna si tôt d’y commencer,
Ou la nature aux muses inclinée,
Ou ma fortune en cela destinée
À te servir ; si ce ne fut l’un d’eux
Je suis certain que ce furent tous deux.
 
Ce que voyant le bon Janot, mon père,
Voulut gager à Jacquet son compère,
Contre un veau gras deux agnelets bessons,
Que quelque jour je ferais des chansons
À ta louange (ô Pan, dieu très sacré)
Voire chansons qui te viendraient à gré,
Et me souvient que bien souvent aux fêtes,
En regardant de loin paître nos bêtes,
Il me soulait une leçon donner
Pour doucement la musette entonner,
Ou à dicter quelque chanson rurale
Pour la chanter en mode pastorale.
 
Aussi le soir, que les troupeaux épars
Étaient serrés et remis en leur parcs,
Le bon vieillard après moi travaillait,
Et à la lampe assez tard me veillait,
Ainsi que font leurs sansonnets ou pies,
Auprès du feu bergères accroupies.
Bien est vrai que ce lui était peine ;
Mais de plaisir elle était si fort pleine,
Qu’en ce faisant, semblait au bon berger
Qu’il arrosait en son petit verger
Quelque jeune ente, ou que téter faisait
L’agneau qui plus en son parc lui plaisait.
 
[...]
 
Mais maintenant que je suis en l’automne,
Ne sais quel soin inusité m’étonne,
De tel façon, que de chanter la veine
Devient en moi, non point lasse ni vaine,
Ains triste et lente, et certes, bien souvent,
Couché sur l’herbe, à la fraîcheur du vent
Vois ma musette à un arbre pendue
Se plaindre à moi qu’oisive l’ai rendue ;
Dont tout à coup mon désir se réveille,
Qui de chanter voulant faire merveille,
Trouvé ce soin devant ses yeux planté,
Lequel le rend morne et épouvanté :
Car tant est soin basané, laid et pâle,
Qu’à mon regard la muse pastorale,
Voire la muse héroïque et hardie,
En un moment se trouve refroidie,
Et devant lui vont fuyant toutes deux
Comme brebis devant un loup hideux.
 
J’ois d’autre part, le pivert jargonner,
Siffler l’escouffe et le butor tonner ;
Vois l’étourneau, le héron et l’aronde
Étrangement voler tout à la ronde,
M’avertissant de la froide venue
De triste hiver, qui la terre dénue.
 
D’autre côté j’ois la bise arriver,
Qui en soufflant me prononce l’hiver ;
Dont mes troupeaux, cela craignant et pis,
Tous en un tas se tiennent accroupis :
Et dirait-on, à les ouïr bêler,
Qu’avecque moi te veulent appeler
À leur secours, et qu’ils ont connaissance
Que tu les as nourris dès leur naissance.
 
Je ne quiers pas (ô bonté souveraine)
Deux mille arpents de pâtis en Touraine,
Ni mille bœufs errants par les herbis
Des monts d’Auvergne, ou autant de brebis.
Il me suffit que mon troupeau préserves
Des loups, des ours, des lions, des loucerves,
Et moi du froid, car l’hiver qui s’apprête,
A commencé à neiger sur ma tête.
 
[...]
 

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