Pierre de Marbeuf



 

À Philis


Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage,
Et la mer est amère et l’amour est amer,
L’on s’abîme en amour aussi bien qu’en la mer,
Car la mer et l’amour ne sont point sans orage.
 
Celui qui craint les eaux, qu’il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux qu’on souffre pour aimer,
Qu’il ne se laisse pas à l’amour enflammer,
Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.
 
La mère de l’amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l’amour, sa mère sort de l’eau,
Mais l’eau contre ce feu ne peut fournir des armes.
 
Si l’eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j’eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 29 juillet 2016 à 17h28

Coq de jour et coq de nuit
--------------------------------

Le monde entre le jour et la nuit se partage ;
Or le ciel, ni la nuit, ni  le jour, n’est amer,
Il se veut rassurant pour la terre et la mer,
Car il semble promettre un été sans orage.

Coqs de sinople et d’or règnent sur les rivages,
Et si leurs éperons sont durs comme du fer,
Leur coeur est adouci par les parfums de l’air
Qui leur tournent la tête, ainsi qu’un lourd breuvage.

Leur mère leur apprit la tendresse au berceau.
Ils ne sont pas grognons, comme sont les pourceaux,
Nul ne les vit jamais se servir de leurs armes,

Sauf s’ils sont sous l’effet d’un désordre amoureux :
Et de tels jours, pour eux, sont parfois douloureux,
Mais on les voit chanter au travers de leurs larmes.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 14 septembre 2022 à 11h23

Coq d’automne et coq d’été
----------

Le grand coq estival qui régna sans partage
Abdique, c’est l’automne, il n’en est pas amer ;
La brise devient fraîche, elle vient de la mer,
Le Ponant nous envoie quelques sombres nuages.

Le coq d’automne alors en ces lieux emménage,
À sa plus belle épouse il vient offrir un ver ;
Au soleil du matin, son chant traverse l’air,
Tout un chacun se dit que c’est un bon présage.

Les canards de l’étang se disent ses vassaux,
Mais aux canes jamais il ne donne l’assaut ;
La plus jeune, pourtant, lui trouve un certain charme.

Le coq d’été nous donne un dîner savoureux,
Je sais que son trépas ne fut pas douloureux ;
Pas d’obsèques pour lui, pas de deuil, pas de larmes.

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