Mallarmé

Poésies, 1899


Renouveau


 
Le printemps maladif a chassé tristement
L’hiver, saison de l’art serein, l’hiver lucide,
Et dans mon être à qui le sang morne préside
L’impuissance s’étire en un long bâillement.
 
Des crépuscules blancs tiédissent sous mon crâne
Qu’un cercle de fer serre ainsi qu’un vieux tombeau
Et, triste, j’erre après un rêve vague et beau,
Par les champs où la sève immense se pavane
 
Puis je tombe énervé de parfums d’arbres, las,
Et creusant de ma face une fosse à mon rêve,
Mordant la terre chaude où poussent les lilas,
 
J’attends, en m’abîmant que mon ennui s’élève...
— Cependant l’Azur rit sur la haie et l’éveil
De tant d’oiseaux en fleur gazouillant au soleil.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 21 novembre 2012 à 17h13


Un pauvre doctorant regardait tristement
Deux mandarins pervers. De son regard lucide,
L’étudiant voit celui qui à son sort préside
Soutenir un propos qui semble un bâillement.

Des crépuscules blancs tiédissent sous son crâne
Qu’un cercle de fer serre ainsi qu’un vieux tombeau,
Et, triste, il erre après un rêve vague et beau
Quand les deux vieux savants ineptes se pavanent.

Il est fort énervé de ces foutaises, las,
Et creusant de sa face une fosse à son rêve,
Voudrait s’en aller par la Porte des Lilas.

Mandarins, pourquoi donc ennuyer vos élèves ?
Faites-vous naître en eux le sourire et l’éveil ?
Vous offrez un couvercle à qui veut un Soleil.

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