Mallarmé

Poésies, 1899


Le Tombeau d’Edgar Poe


 
Tel qu’en Lui-même enfin l’éternité le change,
Le Poëte suscite avec un glaive nu
Son siècle épouvanté de n’avoir pas connu
Que la mort triomphait dans cette voix étrange !
 
Eux, comme un vil sursaut d’hydre oyant jadis l’ange
Donner un sens plus pur aux mots de la tribu
Proclamèrent très haut le sortilège bu
Dans le flot sans honneur de quelque noir mélange.
 
Du sol et de la nue hostiles, ô grief !
Si notre idée avec ne sculpte un bas-relief
Dont la tombe de Poe éblouissante s’orne,
 
Calme bloc ici-bas chu d’un désastre obscur,
Que ce granit du moins montre à jamais sa borne
Aux noirs vols du Blasphème épars dans le futur.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 16 janvier 2013 à 10h39

Aux abords du tombeau, en rimeur je me change ;
Grâce à quelques sonnets, mon coeur se montre nu
Devant mes compagnons, devant des inconnus,
Devant tout un chacun, quelle démarche étrange !

Le but n’est certes point de devenir un ange,
Ni d’affranchir d’un sens les gens de la tribu,
Ni d’avertir du sort de ceux qui ont trop bu
(Ou qui ont un problème en termes de mélange) ;

Pas question, d’autre part, d’exhiber des griefs
Ni de mettre en ces vers une idée en relief ;
Gratuitement la Toile avec tous ces mots s’orne

Sans lesquels nous irions vers le côté obscur,
Et leur voix en ces lieux à résonner se borne
Un peu dans l’autrefois, un peu dans le futur.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 14 juin 2017 à 00h05

Ange naturiste
-------------------

Il ne se couvre point lorsque la saison change,
Tout au long de l’année, l’ange se montre nu
Devant quelques démons, devant des inconnus,
Devant tous les miroirs, quelle démarche étrange !

Le naturisme est-il admissible chez l’ange,
Ne contredit-il pas la loi de sa tribu,
Faut-il être indulgent si cet ange a trop bu
(Ou qu’avec Dieu sait quoi son âme se mélange) ;

Mais ce n’est pas à moi d’aligner des griefs ;
L’ange, qu’il soit au ciel ou dans un bas-relief,
Ce n’est qu’une illusion dont notre vision s’orne,

Comme le sont aussi les démons très obscurs,
Et cette vaine image à m’abuser se borne,
Mythe dans l’autrefois,  néant dans le futur.

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