Mallarmé


Le Phénomène futur


 

Un ciel pâle, sur le monde qui finit de décrépitude, va peut-être partir avec les nuages : les lambeaux de la pourpre usée des couchants déteignent dans une rivière dormant à l’horizon submergé de rayons et d’eau. Les arbres s’ennuient ; et, sous leur feuillage blanchi (de la poussière du temps, plutôt que de celle des chemins), monte la maison en toile du Montreur de choses Passées : maint réverbère attend le crépuscule et ravive les visages d’une malheureuse foule, vaincue par la maladie immortelle et le péché des siècles, d’hommes près de leurs chétives complices enceintes des fruits misérables avec lesquels périra la terre. Dans le silence inquiet de tous les yeux suppliant là-bas le soleil qui, sous l’eau, s’enfonce avec le désespoir d’un cri, voici le simple boniment : « Nulle enseigne ne vous régale du spectacle intérieur, car il n’est pas maintenant un peintre capable d’en donner une ombre triste. J’apporte, vivante (et préservée à travers les ans par la science souveraine) une Femme d’autrefois. Quelque folie, originelle et naïve, une extase d’or, je ne sais quoi ! par elle nommé sa chevelure, se ploie avec la grâce des étoffes autour d’un visage qu’éclaire la nudité sanglante de ses lèvres. À la place du vêtement vain, elle a un corps ; et les yeux, semblables aux pierres rares ! ne valent pas ce regard qui sort de sa chair heureuse : des seins levés comme durs d’un lait éternel, la pointe vers le ciel, aux jambes lisses qui gardent le sel de la mer première. » Se rappelant leurs pauvres épouses, chauves, morbides et pleines d’horreur, les maris se pressent : elles aussi par curiosité, mélancoliques, veulent voir.

 

Quand tous auront contemplé la noble créature, vestige de quelque époque déjà maudite, les uns indifférents, car ils n’auront pas eu la force de comprendre, mais d’autres navrés et la paupière humide de larmes résignées, se regarderont ; tandis que les poëtes de ces temps, sentant se rallumer des yeux éteints, s’achemineront vers leur lampe, le cerveau ivre un instant d’une gloire confuse, hantés du Rythme et dans l’oubli d’exister à une époque qui survit à la beauté.


Pages, 1891

Commentaire (s)

Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Dеubеl : Détrеssе

Viviеn : Dеvаnt lе соuсhаnt

Viviеn : Lа Соnquе

Vеrlаinе : Соllоquе sеntimеntаl

Βrulé : «Ρоur mаl tеmps ni pоur gеléе...»

Dеsсhаmps : «Jе dеviеns соurbеs еt bоssu...»

Αndré Sаlmоn

Μас Οrlаn : Lе Μаnègе d’аérоplаnеs

Dеsсhаmps : Ρlаintеs d’аmоurеuх

Τоulеt : «Сеt huissiеr, qui јеtаit, l’été...»

☆ ☆ ☆ ☆

Νаvаrrе : «J’аimе unе аmiе еntièrеmеnt pаrfаitе...»

Соppéе : Désir dе glоirе

Hugо : «Ιl lui disаit : Vоis-tu, si tоus dеuх nоus pоuviоns...»

*** : Dаns lеs fоrtifs

Cоmmеntaires récеnts

De Gаrdiеn dеs саnаrds sur Μа dаnsе (Сеndrаrs)

De Jаdis sur L’Αvеuglе (Ρéguу)

De Сосhоnfuсius sur Ρаris vаissеаu dе сhаrgе (Ρéguу)

De Jаdis sur «Ρаr l’аmplе mеr, lоin dеs pоrts еt аrènеs» (Sаint-Gеlаis)

De Τhundеrbird sur Lе Ρоètе соntumасе (Соrbièrе)

De Μаgélаnt sur Αiguillеs dе саdrаn (Sаint-Ρоl-Rоuх)

De Сосhоnfuсius sur «Lа viе humblе аuх trаvаuх еnnuуеuх еt fасilеs...» (Vеrlаinе)

De Сосhоnfuсius sur Εllе еt lui (Αutrаn)

De Jаdis sur Αuх mоrts (Lесоntе dе Lislе)

De Vinсеnt sur Lе Μоrt јоуеuх (Βаudеlаirе)

De Simоn Hоаrаu sur Sсаrbо : «Οh ! quе dе fоis је l’аi еntеndu еt vu...» (Βеrtrаnd)

De Εsprit dе сеllе sur L’Éсоlе buissоnnièrе (Durосhеr)

De ΜаdаmеСоnnаssе sur Сhаpеllе dе lа mоrtе (Νеlligаn)

De Сurаrе- sur «Lе sоn du соr s’аffligе vеrs lеs bоis...» (Vеrlаinе)

De Τutus ΙΙ bis sur Vénus Αnаdуоmènе (Rimbаud)

De Сurаrе- sur «Jе vоguе sur lа mеr, оù mоn âmе сrаintivе...» (Gоmbаud)

De Сurаrе- sur Lе Vœu (Hеrеdiа)

De hiаtus sur Ρоur lе Vаissеаu dе Virgilе (Hеrеdiа)

De Ιхеu.е sur À l’inассеssiblе (Rоllinаt)

De Vinсеnt sur Un Ρеintrе (Hеrеdiа)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе