Mallarmé

Poésies, 1899


L’Azur


 
De l’éternel azur la sereine ironie
Accable, belle indolemment comme les fleurs,
Le poëte impuissant qui maudit son génie
À travers un désert stérile de Douleurs.
 
Fuyant, les yeux fermés, je le sens qui regarde
Avec l’intensité d’un remords atterrant,
Mon âme vide. Où fuir ? Et quelle nuit hagarde
Jeter, lambeaux, jeter sur ce mépris navrant ?
 
Brouillards, montez ! Versez vos cendres monotones
Avec de longs haillons de brume dans les cieux
Que noiera le marais livide des automnes
Et bâtissez un grand plafond silencieux !
 
Et toi, sors des étangs léthéens et ramasse
En t’en venant la vase et les pâles roseaux,
Cher Ennui, pour boucher d’une main jamais lasse
Les grands trous bleus que font méchamment les oiseaux.
 
Encor ! que sans répit les tristes cheminées
Fument, et que de suie une errante prison
Éteigne dans l’horreur de ses noires traînées
Le soleil se mourant jaunâtre à l’horizon !
 
— Le Ciel est mort. — Vers toi, j’accours ! donne, ô matière,
L’oubli de l’Idéal cruel et du Péché
À ce martyr qui vient partager la litière
Où le bétail heureux des hommes est couché,
 
Car j’y veux, puisque enfin ma cervelle, vidée
Comme le pot de fard gisant au pied d’un mur,
N’a plus l’art d’attifer la sanglotante idée,
Lugubrement bâiller vers un trépas obscur...
 
En vain ! l’Azur triomphe, et je l’entends qui chante
Dans les cloches. Mon âme, il se fait voix pour plus
Nous faire peur avec sa victoire méchante,
Et du métal vivant sort en bleus angelus !
 
Il roule par la brume, ancien et traverse
Ta native agonie ainsi qu’un glaive sûr ;
Où fuir dans la révolte inutile et perverse ?
Je suis hanté. L’Azur ! l’Azur ! l’Azur ! l’Azur !
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 11 juin 2013 à 10h25


Redoutons la raison et craignons l’ironie :
Inspirons-nous plutôt du mutisme des fleurs,
Comme fait l’homme simple, ainsi que le génie,
Ou celui qui resta le roi de ses douleurs.

Le sombre puisatier durement nous regarde,
Cherchant à déchiffrer notre coeur transparent ;
Mais peu d’astres sont là, dans cette nuit hagarde,
On a volé la lune, et c’est un peu navrant.

Je voudrais m’évader par un trou de matière,
Faisant mes adieux à l’humanité entière,
Ne plus rien fréquenter de sombre, ni de dur ;

Toutefois, je comprends que l’azur me traverse
Afin de m’épargner les tentations perverses,
Et de me traverser je rends grâce à l’azur.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 22 septembre 2018 à 13h48

L’oiseau de Biscarrosse
----------------------

L’oiseau de Biscarrosse,  il est plein d’ironie,
Il amuse sa muse, il fait rire les fleurs ;
C’est le père Michel, un moine de génie,
Qui cette habileté lui apprit sans douleur.

Les moineaux du bosquet fréquemment le regardent,
Ils cherchent  le secret de son coeur transparent.
Il leur répond parfois, sans qu’ils n’y prennent garde,
Et parfois se permet des jeux de mots navrants.

De l’antique folklore il connaît la matière,
La mémoire du monde, il la dévore, entière,
Sa grande moquerie n’est pas un discours dur ;

À le voir, on comprend que l’azur le traverse,
C’est ainsi qu’il résiste aux tendances perverses ;
On reconnaît en lui la grande âme d’Arthur.

[Lien vers ce commentaire]

Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Ρеllеrin : Lа Ρеtitе Βеrgèrе

Hоuvillе : Οffrаndе funérаirе

Μоntrеuil : Lеs Rêvеs mоrts

Rоllinаt : Lа Ρеtitе Sоuris

Τоulеt : «Се n’еst pаs drôlе dе mоurir...»

Rimbаud : Соntе

Τоulеt : «Се n’еst pаs drôlе dе mоurir...»

☆ ☆ ☆ ☆

Gеоrgin : Τristеssе аu bоrd dе l’еаu

Hауеm-Grеgh : Ιnvосаtiоn

Βеrtrаnd : Jеаn dе Τillеs

Βruаnt : Grеlоttеuх

Ρаillеttе : Lе Rеssаutеur

Jаmmеs : «Εllе аvаit еmpоrté dеs brаsséеs dе lilаs...»

Sаint-Ρоl-Rоuх : Lа Jоurnéе prоvеnçаlе

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur Sur lа villе dе Ρаris (Βеnsеrаdе)

De Сосhоnfuсius sur «Si еn pаrtаnt, sеul vоus m’аvеz lаissé...» (Sсаliоn dе Virblunеаu)

De Сосhоnfuсius sur «Quеllе grаndеur rеnd l’hоmmе vénérаblе ?...» (Lаbé)

De Jаdis sur Lа Βеrgе (Μérаt)

De Сurаrе- sur «Μаdаmе, се mаtin је vоus оffrе unе flеur...» (Lа Rоquе)

De Соnсоurs Lépinе sur L’Égоïstе (Sсhwоb)

De Jаdis sur Lа Μоrt еt lе Μаlhеurеuх. Lа Μоrt еt lе Βûсhеrоn (Lа Fоntаinе)

De Τhundеrbird sur «Dе vоir mignоn du Rоi un соurtisаn hоnnêtе...» (Du Βеllау)

De Сurаrе- sur Sоnnеt : «Ιgnоrаntе оu plutôt dédаignеusе dеs mаuх...» (Сrоs)

De Αntigrippе sur Lа Τоrсhе (Νizеt)

De Ιо Kаnааn sur Lа Ρiеuvrе (Sаtiе)

De Сurаrе- sur Sоlliсitudеs (Frаnс-Νоhаin)

De Μоdо sur Lеs Ιngénus (Vеrlаinе)

De Jаdis sur Αutrе sоnnеt sur lе mêmе vоl (Sаint-Αmаnt)

De JR Τrоll sur Éléphаnt dе Ρаris. (Τоulеt)

De Xiаn sur «Si сеlui qui s’аpprêtе à fаirе un lоng vоуаgе...» (Du Βеllау)

De Xiаn sur Sоnnеt : «Dеuх sоnnеts pаrtаgеnt lа villе...» (Соrnеillе)

De Xiаn sur Vеrs imprоvisés sur un аlbum (Lаmаrtinе)

De Сhristiаn sur Lе Βаtеаu ivrе (Rimbаud)

De Μоnrоsе sur «Lа nudité dеs flеurs с’еst lеur оdеur сhаrnеllе...» (Αpоllinаirе)

De FΕDΕRΜΑΝΝ sur Lа Guеrrе (Sаint-Ρоl-Rоuх)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе