Mallarmé

Poésies, 1899


Apparition


 
La lune s’attristait. Des séraphins en pleurs
Rêvant, l’archet aux doigts, dans le calme des fleurs
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
De blancs sanglots glissant sur l’azur des corolles.
— C’était le jour béni de ton premier baiser.
Ma songerie aimant à me martyriser
S’enivrait savamment du parfum de tristesse
Que même sans regret et sans déboire laisse
La cueillaison d’un Rêve au cœur qui l’a cueilli.
J’errais donc, l’œil rivé sur le pavé vieilli
Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue
Et dans le soir, tu m’es en riant apparue
Et j’ai cru voir la fée au chapeau de clarté
Qui jadis sur mes beaux sommeils d’enfant gâté
Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées
Neiger de blancs bouquets d’étoiles parfumées.
 

Commentaire (s)
Déposé par Jadis le 13 juin 2021 à 16h59


Résignation
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Le banquet s’achevait. Or, pour notre malheur,
Ayant repris trois fois du gratin de chou-fleur
Arrosé de brouilly, le noeud-pap’ de traviole,
Tu t’embringuais déjà dans les histoires drôles.
Le péril menaçait, et il était aisé
De deviner que nous étions terrorisés.
Nous souriions pourtant, pincés, par politesse,
Et hypocritement, acclamions tes prouesses,
Quand du fond de la salle un appel a jailli :
– Mallarmé, un poème ! Ah ! le coquin failli !
Mais que faire. Malgré notre détresse accrue,
Tout en guignant d’un œil la patronne accourue,
Muse majestueuse et massive Astarté,
Tu as émis un rot aux relents de pâté ;
Et puis tu as brandi ta dextre mal armée
Et nous a fait suer comme à l’accoutumée.

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Déposé par Jadis le 13 juin 2021 à 17h08


Nous as (dernier vers).

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