Pierre Louÿs


Le Soir à la campagne


 

À mon ami André Gide


Tout est silence et calme, et les vents sont tombés.
Les arbres onduleux ont étendu leurs branches,
Et le soleil, dardant ses rayons orangés,
Incendie au couchant les longues fermes blanches.
 
Les ombres sur le sol rampent démesurées ;
Et les filles des champs, revenant du lavoir,
Foulent de leurs pieds nus les terres labourées,
Alanguissant le pas dans le calme du soir.
 
Les humides prairies au couchant étendues
Se voilent de vapeurs qui montent lentement
Et vont couvrir bientôt les terres disparues
Sous les brouillards bleuis qui tremblent faiblement.
 
Le ciel est rose tendre et l’azur sans frissons.
Au ras du sol mouillé l’ardent soleil flamboie,
Et la nuit toute grise envahit les sillons
Et atteint chaque chose et la baigne et la noie.
 

6-7 heures du soir


 

*


 
Oh ! quel bonheur tranquille !... Hélas ! est-il possible
Que ce que je sens là se soit toujours senti,
Que tous les jeunes gens au cœur tendre et sensible
Au spectacle du soir se soient émus aussi !
 
Que mon enthousiasme ardent et poétique
Pour tout ce que je sens ne soit pas même à moi,
S’étant développé de manière identique
Chez tous les jeunes gens d’après la même loi !
 
Oh ! rien d’original ! Rien de nouveau !... J’enrage !
Rien qui ne se soit vu! Rien qui ne se soit dit !
Et pas un sentiment qui n’ait eu son langage !
Pas un état d’esprit qu’un penseur n’ait traduit !
 
Hélas ! Je suis banal quand je veux exprimer
Que le printemps est doux, que les filles sont belles,
Que j’ai besoin de jouir, que j’ai besoin d’aimer,
Et que les nuits d’été semblent surnaturelles !
 
L’amour, brutalité ! Le printemps, lieu commun !
Eh bien ! moi, j’ai besoin de parler de ces choses,
Des immenses forêts, de leur âcre parfum,
De la nuit et du soir, des femmes et des roses !
 
Et je veux découvrir des accents inconnus
Pour peindre les bonheurs énormes de la vie
Et pour chanter enfin mes désirs éperdus,
Mes enthousiasmes fous et ma joie infinie.
 
La jeunesse et l’amour débordent de mon âme,
Et la sève envahit mon corps de dix-sept ans,
Et j’ai besoin d’aimer, d’adorer une femme,
Car mon âme s’emplit des souffles du printemps !
 

Dizy, 6 avril [18]88. 9-11 h. du soir

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